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"JOUR DE CHANCE"

PAR Philippe Pujas
jeudi 17 mai 2012

Les premiers mots d’un nouveau ministre sont les plus significatifs ; ils révèlent ce qui, à ses yeux, est le plus important, ce qui lui tient le plus à cœur. Ceux d’Aurélie Filipetti, quand elle s’est installée rue de Valois, ont fixé une ligne centrale : son ministère sera, d’abord, celui de l’accès du plus grand nombre à la culture et aux arts. La nouvelle ministre se dit portée par le désir de faire partager “les plus belles choses du monde”.

Voilà pour une ligne, qui avait été trop perdue de vue ces dernières années, sinon dans les discours, du moins dans les faits. Mais aussi important que l’objectif est, pour la crédibilité du propos, la tonalité générale des quelques mots prononcés par Aurélie Filipetti à l’occasion de la passation des pouvoirs entre Frédéric Mitterrand et elle. On retiendra ce qu’elle a dit de la culture comme rencontre avec la sensibilité d’un artiste. Dans le fond comme dans son expression, il était évident que celle qui parlait alors parlait en artiste, en écrivain qu’elle est d’abord et qui l’a fait connaître. Et c’est cette qualité qui donnait à la cérémonie un ton inhabituel : le témoin ne se passait pas entre un ministre de droite et une ministre de gauche, mais entre deux individus que rendait complices une amitié fondées sur un même rapport intime à l’art. Seule cette complicité pouvait faire dire à Frédéric Mitterrand, comme il l’a fait, que ce jour était un jour de chance pour le ministère de la culture, parce que ce ministère “va avoir une ministre dont l’empathie pour le monde de la culture est connue depuis longtemps, et parce qu’elle est une artiste elle-même, un écrivain de grande qualité”.

Et il est vrai que la première fois qu’Aurélie Filipetti, normalienne, agrégée de lettres classiques, a fait parler d’elle, c’est comme écrivain, à l’occasion de son très remarqué premier roman, “Les derniers jours de la classe ouvrière”, qui évoque le milieu et la région d’où elle vient, les mineurs de Lorraine. Mais le roman était déjà un combat, l’expression d’une sensibilité qui trouvait une autre voie dans l’action politique, et l’amenait à l’Assemblée nationale en 2007.

Nous avons toujours plaidé, ici, pour que le ministère de la culture ait à sa tête un artiste, ou au moins une personnalité qui baigne naturellement dans la vie artistique. C’est plus vrai que jamais aujourd’hui, alors qu’il s’agit de redonner du sens à une action publique noyée dans la gestion de procédures de plus en plus complexes. De ce point de vue, la ministre a l’avantage d’avoir sa propre boussole. Jour de chance pour le ministère de la culture ? L’avenir le dira, comme il dira si c’est aussi un jour de chance pour l’objet du ministère, la culture.

Philippe PUJAS