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CLIMAT

PAR Philippe Pujas
lundi 7 mai 2012

Dans le programme du candidat François Hollande, la culture n’était pas prioritaire, si l’on s’en tient au seul critère des emplois dans le secteur public. Mais, justement, ce critère ne peut pas être le seul. C’est ailleurs que se joue l’essentiel. Ailleurs, dans ce qu’il est urgent de reconstruire, dans les changements de cap indispensables. L’impératif central est de se donner une ambition culturelle, c’est-à-dire créer un climat favorable à la vie culturelle. Le climat, c’est l’air que respire une société, c’est la place qu’on accorde à la culture dans la vie sociale et culturelle, et dans la hiérarchie des valeurs. Et se poser, entre autres questions, celle-ci : est-ce qu’on juge important que les Français soient cultivés, plutôt que : qu’est-ce que le patrimoine et la création peuvent apporter à l’économie du pays ?

Penser ainsi, c’est vouloir un renversement de perspectives, après des années où les choses ont été vues de manière exactement inverse. Faut-il rappeler quelques faits ?

= les monuments et les musées nationaux ont été engagés dans un cycle de marchandisation outré, avec des politiques d’expositions à visées principalement commerciales négligeant les contenus artistiques ou scientifiques, avec des politiques tarifaires oublieuses des vocations éducatives et sociales des institutions, avec des pratiques internationales de prêt/location des œuvres flirtant avec les limites déontologiques

= le rapport aux "industries culturelles" est devenu trop facilement un soutien à des groupes industriels, sans exigence sur les contenus. Ce fut particulièrement éclatant pour les chaînes de télévision et les nouveaux media ; on l’a vécu avec les péripéties des lois sur les droits d’auteur et internet, dont le dernier avatar est l’Hadopi.

= l’éducation artistique a été négligée depuis dix ans, après l’impulsion donnée par le gouvernement de Lionel Jospin dont les avancées avaient commencé à faire bouger les choses.

= En relation avec ce recul, et avec la montée en puissance de l’industrie, il faut bien évoquer la part de plus en plus réduite, et la délégitimation progressive, de ce qu’on appelait naguère, par méfiance déjà, la culture "légitime".

Le mal n’est pas seulement français. La Commission européenne, à l’heure de la préparation d’un nouveau programme "culture", intitulé (tout un programme ! ) "Europe créative", estime que "L’Europe se doit d’investir davantage dans la culture et la création, car celles-ci contribuent de façon significative à la croissance économique, à l’emploi, à l’innovation et à la cohésion sociale".

Là encore, affaire de climat. Où l’on voit que ce qui est en question, au fond, c’est bien la conception de la vie en société fondée sur le primat de l’économie et du marché, qui a conduit la construction européenne dans l’impasse. Mais en période de crise économique, il n’est pas facile de faire entendre que la réponse à cette crise est dans une autre vision du monde. On ne peut qu’espérer que le nouveau Président français s’en fera le porte-parole, en même temps qu’il défendra une vision plus politique de l’Europe et se fera l’avocat de l’intérêt général.

Philippe Pujas