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AIMER LA FRANCE

PAR Philippe Pujas
samedi 31 mars 2012

31 mars : journée des langues régionales, avec des manifestations dans toute la France, surtout celle des périphéries : Bretagne, Pays basque, Catalogne, Occitanie, Alsace… Et toujours le même combat : la vraie reconnaissance de ces langues, c’est-à-dire un statut qui leur permette de se maintenir en vie. On sait que cela passe par une présence forte à l’école, et un traitement attentif dans la vie quotidienne et dans les médias.

La France officielle n’aime pas les langues régionales. Elle a du bout des lèvres, avec le sentiment d’avoir commis un sacrilège, introduit dans la constitution une petite mention de reconnaissance. Et c’est à peu près tout. L’enseignement est heureusement soutenu par les régions, mais l’État fait aussi peu qu’il peut, et les contraintes budgétaires lui donnent une occasion d’en faire encore moins.

Les choses peuvent-elles changer ? Les deux principaux candidats à l’élection présidentielle ont sur la question des positions radicalement différentes, si l’on prend pour ligne de clivage le point qui était central dans les manifestations de samedi : la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires. François Hollande et François Bayrou se sont nettement prononcé pour. A quoi Nicolas Sarkozy a répliqué qu’il fallait ne pas aimer la France pour vouloir cette ratification.

Il y a, sans doute, les bonnes et les mauvaises diversités…

On ne répètera jamais assez que se méfier des langues régionales, c’est ne pas aimer les langues, et ne pas aimer le français non plus, parce qu’on ne comprend pas ce que chaque langue a de précieux et d’unique dans sa musique comme dans sa manière de dire les choses. Il n’est pas interdit de penser qu’il y a un lien étroit entre le traitement que la France réserve à ses langues régionales et l’indifférence avec laquelle elle accepte l’invasion sans contrôle de l’anglo-américain sur son propre territoire. De penser, en somme, que négliger les langues régionales, c’est ne pas aimer la France. Mais nous n’irons pas jusque là, laissant les extrémistes à leurs excès.

Philippe PUJAS