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ANNÉE DÉCISIVE ?

PAR Philippe Pujas
mardi 3 janvier 2012

L’année qui commence sera marquée en France par l’élection présidentielle. Moment impor tant, mais va-t-il vraiment changer les choses ? Beaucoup pensent que non, parce que, disent-ils, les politiques de droite et de gauche diffèrent peu, parce que la marge d’autonomie des gouvernements est faible dans l’Union européenne, parce que la crise financière dicte sa loi et ses choix, les mêmes dans toute l’Europe. Il y a certes dans ce fatalisme une part de vérité, entretenue par les discours, apparemment assez proches, des deux principaux concurrents. Que retient-on de ces apparences ? une attitude voisine devant la crise qui, si on veut aller au fond des choses, traduit une même vision de la société fondée sur l’homo economicus.

Cet accord fondamental, c’est bien celui qui est en question aujourd’hui, pourtant. Le vrai débat doit être un débat de société, et porter sur la place de l’homme dans le projet social. Avec pour marqueur la question du chômage et de la précarité.

Tout cela a à voir, bien entendu, avec ce qu’on nomme la culture. Quand on prétend accorder à la culture une place importante dans le débat politique, c’est bien de cela qu’il s’agit : réapprendre à renverser la hiérarchie des valeurs pour ne plus faire du marché l’étalon de toute vie commune. Voilà donc ce que l’on entend quand on affirme la nécessité d’entendre parler de culture dans la campagne électorale.

Reste que le bilan des années récentes montre que les politiques culturelles menées par les gouvernements de gauche et les gouvernements de droite ont sensiblement divergé. Ces derniers, sous la présidence de Jacques Chirac et celle de Nicolas Sarkozy, ont donné en modèle aux établissements publics les entreprises privées (gestion assouplie et autonomisée, souci de développer un marché), ont engagé une dérèglementation du patrimoine et une coopération étroite avec l’industrie. Le gouvernement de Lionel Jospin, dans les cinq années qui avaient précédé, était plus tourné vers l’éducation artistique, le dévelop pement culturel, l’aménagement du territoire, dans la ligne générale qui avait été à peu près celle de toutes les administrations depuis la création du ministère en 1959, les évolutions se faisant en douceur.

Le changement de ces dernières années est lié à la domination de l’idéologie néo-libérale, faisant du marché la valeur suprême. Vouloir que la culture soit plus présente dans le débat, c’est appeler un renversement de valeurs. Nul doute qu’il en sera vivement question, et que les artistes, pour ne parler que d’eux, entreront dans le débat.

Philippe Pujas