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TÉLÉVISION SANS CULTURE

PAR Philippe Pujas
samedi 10 décembre 2011

Le ministre de la culture et le ministre de l’industrie ont reçu le 8 décembre le rapport sur la "télévision connectée" qu’ils avaient commandé à un groupe de travail présidé par Takis Candilis, PDG de "Lagardère Entertainment". Le profil de ce dernier a produit ce qu’on pouvait en attendre : des préoccupations strictement industrielles. On ne peut même pas dire que les questions artistiques ne sont pas abordées. Elles le sont, en creux : une des idées centrales du rapport est que tout ce qui, dans la production, n’est pas strictement destiné à répondre à un marché est sans valeur, et que seul ce qui prend en compte les besoins du marché mérite considération.

Que l’industrie soit importante, personne n’en doute. Que la France puisse disposer sur le marché de "l’entertainment", comme on dit chez Lagardère, de quelques champions capables d’assurer une présence au niveau international, chacun l’admet. Mais enfin, le ministère de la culture, il a en charge, aussi, d’autres valeurs. Il était là, naguère, pour assurer un mieux-disant artistique. Si la diffusion de la culture, si la création artistique passent par le numérique, et notamment par la télévision connectée, le rôle du ministère de la culture n’est pas d’élever des digues, il est certes de voir comment les règles qu’il a fixées dans un autre paysage doivent s’adapter au nouveau, mais il a aussi un impératif : mettre les productions artistiques en situation d’être présentes, avec toutes les interventions publiques utiles pour satisfaire cet objectif. Cette question-là est totalement absente du rapport Candilis, et il faut donc attendre du ministre de la culture qu’il reçoive ce rapport avec ses lacunes, et en tienne compte.

Le fera-t-il ? Pour certains, le temps presse : mieux vaut pousser ses feux avant les prochaines élections, forts des amis au pouvoir, alors que les perspectives politiques sont pour le moins incertaines. Et certes, l’actuel pouvoir, nous l’avons écrit ici à plusieurs reprises, a déjà beaucoup privilégié l’industrie par rapport à la culture dans ce domaine décisif de la télévision. L’attribution des chaînes de la TNT a été de ce point de vue une vraie catastrophe.

Il y a là, en tout cas, on peut l’espérer, une vraie ligne de clivage entre projets politiques : d’un côté ceux qui croient à la culture et à ce qu’elle porte de valeurs de développement personnel et collectif, de l’autre ceux qui ne croient qu’au marché. L’équipe au pouvoir nous a abondamment montré qu’elle était dans le deuxième camp.

Philippe PUJAS