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MAUVAIS SIGNAL À LA BNF

PAR Philippe Pujas
mercredi 24 mars 2010

Le Conseil des ministres du 24 mars a renouvelé le mandat de Bruno Racine à la tête de la Bibliothèque nationale de France. Bruno Racine est l’homme qui, au mois d’août dernier, a réveillé la torpeur de l’été en annonçant qu’il discutait avec Google de la numérisation des fonds de la BNF. C’était, sans débat public, rompre avec la politique engagée par Jacques Chirac sous l’impulsion du prédécesseur de Bruno Racine, Jean-Noël Jeanneney.

Depuis, on a vécu une longue période de faux-semblants et d’hypocrisies. La position chiraquienne était politique : on ne pouvait pas laisser la mémoire de l’Europe entre les mains d’une firme quasi-monopolistique américaine. Après le ballon d’essai de Bruno Racine, le gouvernement a choisi l’atermoiement et l’ambiguïté. En est sorti, il y a quelques semaines, le rapport commandé par Frédéric Mitterrand à Marc Tessier, ancien président de France-Télévision. Un rappport qui, et c’était déjà un motif d’inquiétude, penchait vers l’analyse technique plus que politique, même si cette dernière n’était pas absente.

Après quelques coups de menton sur l’indépendance des choix, et la priorité donnée à un regroupement de forces nationales, le rapport Tessier préconisait la coopération avec Google. Plus récemment encore, la commission des finances du Sénat, sur des considérations officiellement financières, recommandait fortement un accord avec Google.

Certes, des crédits ont été dégagés dans le cadre du "grand emprunt" pour mettre en place un processus de numérisation contrôlé par la France, par une association entre l’État, les éditeurs et les auteurs. Mais on sent bien que la tentation de traiter avec Google, pour des raisons peu claires, domine, et la confirmation de Bruno Racine est de ce point de vue un signe inquiétant.

Philippe PUJAS