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TRAVAILLER, MOINS, ETC.

PAR Philippe Pujas
dimanche 14 février 2010

Pendant trois jours, l’affaire a fait grand bruit : la direction de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris avait décroché les quatre banderoles constituant, sur la façade de l’École nationale des beaux-arts de Paris, l’œuvre de l’artiste chinoise Ko Siu Lan. Le ministre de la culture, après quarante-huit heures qui ont vu l’affaire enfler sérieusement, aurait demandé que l’œuvre soit réinstallée.

Ces banderoles, on le sait aussi, jouaient avec quatre mots : travailler, moins, gagner, plus.

La direction de l’école avait considéré, nous dit-on, que cette œuvre "pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement". L’argument était confondant. Il va de soi, en effet, que tout idée un peu nouvelle, sortant des sentiers battus, exprimée par un élève, mise en œuvre, peut représenter un écart de conduite, et engager l’institution.

Cela ne vaut pas seulement, bien entendu, pour l’ENSBA, mais pour toute institution de service public : au nom de quoi Boltanski va-t-il émettre, dans l’enceinte du Grand-Palais mise gracieusement à sa disposition, des idées sur l’espèce humaine qui sont tout sauf neutres ? au nom de quoi prend-il la liberté de mettre en doute l’existence de Dieu ? et, à suivre ce raisonnement, il faudrait aussi être attentif à ce qui se joue sur les scènes du théâtre public : que n’y entend-on pas comme critiques de la société qui sont tout sauf neutres, et risquent donc de "constituer une atteinte, etc."

Hélas, il n’y a pas de quoi rire de cela, qui n’est que l’enfoncement de la France dans un climat de plus en plus malsain. Le parti socialiste n’a fait que souligner ce qui devrait être une évidence pour tous quand il dit que cet acte de censure "est d’autant plus inacceptable que l’Ecole Nationale des Beaux Arts est l’un des fleurons de notre système d’enseignement artistique supérieur, dont le précepte premier est celui de l’indépendance des créateurs à l’égard de tous les pouvoirs, quels qu’ils soient." C’est aussi ce qu’a signifié à sa manière le ministre de la culture,en demandant que l’installation de Ko Siu Lan soit remise en place.  

Philippe PUJAS