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 PROPOS D’UN PRÉSIDENT DE RÉGION

PAR Philippe Pujas
lundi 1er février 2010

J’allais écrire que Georges Frêche n’est pas un enfant de chœur, mais on y verrait peut-être une allusion à une religion, ce qu’il vaut mieux éviter ces temps-ci. Disons donc que le président de la Région Languedoc-Roussillon n’est pas né de la dernière pluie, qu’on lui prête des méthodes de gouvernement un peu cavalières ( je regrette et efface ce mot qui pourrait être mal interprété par une arme prestigieuse que je respecte), qu’il a le verbe haut et souvent un peu trop emporté, que quelques-uns de ces propos sont mal venus, voire franchement inadmissibles.

Reste que le sort réservé au dernier de ces propos à l’emporte-pièce pose une vraie question sur la société médiatique qui nous domine. Georges Frêche, donc, déclare que Laurent Fabius a "une tronche pas très catholique". Vieille expression, datant des temps où la religion catholique imprégnait la société française et qui, depuis belle lurette, n’a plus que le sens dans lequel le président de la Région Languedoc-Roussillon l’a utilisée : "pas très franc". Qu’il l’ait dit de quiconque n’aurait gêné personne, même si ce n’était pas très heureux. Mais il se trouve que Laurent Fabius est juif, et voilà Georges Frêche antisémite, et voilà que la machine s’emballe, que personne à Paris ne veut entendre ce qui a été dit, qu’il ne faut surtout pas encourir le soupçon d’être complaisant avec l’antisémitisme, et qu’on tombe à bras raccourcis sur l’auteur de ces propos qui auraient dû passer inaperçus.

Puissance d’une machine médiatique et d’une pensée unique, inculture qui finit par faire oublier le sens des vielles locutions… On se souvient que François Mitterrand, après le suicide de Pierre Bérégovoy, avait dénoncé ceux qui avaient "jeté aux chiens" l’honneur d’un homme. Et la machine médiatique de s’indigner que le Président de la République ait traité les journalistes de chiens, ignorant là encore le sens d’une vieille expression française.

Alors, des cours de langue française pour les élites politico-médiatiques ?

Philippe PUJAS