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LA FAUTE

PAR Philippe Pujas
lundi 25 juillet 2022

Une majorité de droite et d’extrême-droite a voté samedi 23 juillet, l’Assemblée nationale, la suppression de la « contribution à l’audiovisuel public », dite « redevance », qui assurait tant bien que mal le financement de l’audiovisuel public. Une suppression actée sans qu’une solution alternative pérenne ait été trouvée. Seule une vague promesse de financement par la tva a-t-elle été adoptée. C’est une décision grave et inquiétante. Le gouvernement du compromis n’a entendu aucune des voix qui tiraient la sonnette d’alarme.

C’est une mauvaise action dont on a du mal à croire qu’elle n’ait pas été préméditée. Si elle ne l’a pas été, c’est l’inconscient qui a parlé chez le chef de l’Etat, plus enclin par nature à apprécier le secteur privé que le service public. Et que dire de la Première ministre elle-même qui, quand elle veut s’adresser aux Français, choisit systématiquement TF1 plutôt que France 2 ?

Tout le monde est d’accord : la fin de la taxe d’habitation, à laquelle elle était adossée, obligeait la CAP à se réformer, et cette réforme était aussi rendue nécessaire par l’évolution des usages et des techniques.. Il fallait pour cela prendre du temps, discuter avec beaucoup de monde, déboucher sur un projet solide garantissant au service public son existence et son indépendance. Le bricolage improvisé adopté par la droite et l’extrême-droite rassemblées ressemble à une exécution pure et simple. Adoptée comme mesure de soutien du pouvoir d’achat des Français, elle porte en outre le message que la culture et l’information sont décidément de ces dépenses sur lesquelles on peut sans dommage rogner.

La ministre de la culture aura ainsi avalisé la première décision importante de son mandat, portant déjà une mauvaise ombre sur celui-ci. C’est qu’il y avait deux choses à faire, que le ministère de la culture était par nature chargé de porter : réfléchir sur le sens et le contenu d’un audiovisuel public, proposer les conditions financières de son indépendance. Indépendance et moyens accordés selon un contrat plus ferme que ceux qui ont géré les relations entre l’Etat et l’audiovisuel public, mettant au premier plan l’impératif culturel et le sens du service. On aurait vu alors qu’on est encore loin du compte : qu’est-ce qui justifie, sinon une obsession commerciale, que France 2 ne se distingue pas de TF1, tant par les programmes que par sa conception de l’information ? Pourtant, l’audiovisuel public est indispensable, comme le montrent les stations qui se font de leur audience une haute idée : Arte, France 5, France culture, France musique…

En réalité, cet épisode semble bien répondre, de la part du Président de la République, à une constante : avec son goût pour l’entreprise privée, y compris dans le domaine culturel, sa méfiance ou son indifférence à l’égard de tout ce qui est action publique ou soutien public à des actions que le marché ne peut assurer, en un mot de toute politique culturelle. La reconduction de Dominique Boutonnat à la tête du CNC, qui vient d’intervenir, en est un des signes : la seule politique qui vaille est une politique industrielle, et peu importent les enjeux artistiques ou culturels. Comment le second mandat, si mal engagé, du Président de la République pourrait-il ne pas ressembler au premier ?

Philippe Pujas