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LA SUPPRIMER, POUR QUOI FAIRE ?

PAR Philippe Pujas
mardi 8 mars 2022

Après d’autres, situés à droite, le candidat Macron a annoncé qu’une fois réélu, il supprimerait la contribution à l’audiovisuel public, encore appelée communément « redevance télé ».Il faut prendre cette annonce plus au sérieux que les autres, parce que, si on en croit les sondages, ce candidat-là a de fortes chances de se retrouver pour cinq ans à l’Elysée.

Or cette annonce trouble. Elle trouble, précisément, parce qu’elle manque de clarté. Chacun convient que, dès lors que la taxe d’habitation qu’elle accompagnait était supprimée, la CAP posait, dans sa forme, un vrai problème. Mais l’annonce d’Emmanuel Macron, dans son imprécision, inquiète, pour un audiovisuel public qui n’a cessé, au fil des ans et des réformes, d’être bousculé dans son fonctionnement et dans ses perspectives. Alors, se demande-t-on : la supprimer, pour quoi faire ?

Si on a bien compris, il s’agit, pour l’heure, d’une question de pouvoir d’achat des Français, et de rien d’autre. C’est jouer avec le feu, ou faire un aveu. Il est impossible de ne pas lier la question de la suppression de la CAP à une autre : veut-o, toujours un audiovisuel public, et si oui, qu’attend-on de lui ? Le veut-on totalement dépendant du pouvoir, ou bien lui reconnaît-on le droit démocratique à une certaine autonomie de ses recettes ?

C’est cette autonomie que, par son mécanisme automatique, la CAP garantissait plus ou moins. Emmanuel Macron, dans sa sortie inattendue, ne répond pas à ces questions : veut-il un audiovisuel public assis sur des recettes stables et indépendantes du pouvoir politique et du marché ? Si oui, quel mécanisme propose-t-il ? Les solutions ne manquent pas, qui permettraient au service public audiovisuel de continuer de recevoir des recettes autonomes. Emmanuel Macron en a trop dit ou pas assez. Il nous faut, maintenant, des éclaircissements. Lesquels ne pourront faire l’économie d’une position politique sur ce que le Président candidat attend du service public pour l’information, la création et la diffusion de la culture. En somme, qu’il inscrive l’audiovisuel public dans le cadre d’une politique culturelle, dont son premier mandat a singulièrement manqué.

Philippe Pujas