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LES OUIGHOURS ET LES INTELLECTUELS

PAR Philippe Pujas
samedi 22 janvier 2022

L’Assemblée nationale a adopté, par 169 voix pour, cinq abstentions et un vote contre (le LREM Buon Tan, plus solidaire en la matière de la Chine que de son groupe parlementaire), une résolution proposée par le groupe socialiste et reconnaissant « les violences perpétrées par les autorités de la République populaire de Chine à l’encontre des Ouïgours comme constitutives de crimes contre l’humanité et d’un génocide ». Les abstentions sont venues de l’extrême-gauche : les communistes, qui semblent ne pas vouloir faire de peine à un régime communiste, et la France insoumise, avec des arguties pitoyables (on peut parler de crime contre l’humanité mais non de génocide, a dit avec sérieux Clémentine Autain).

Le sort des Ouighours est pourtant aujourd’hui largement documenté : ils sont chez eux, dans la province chinoise du Xinjiang, des centaines de milliers à être enfermés dans des camps de rééducation, soumis au travail forcé et à de nombreuses exactions. Musulmans (d’un islam bon enfant), les Ouighours sont aussi turcophones et portent depuis longtemps des rêves d’autonomie : c’est assez pour que le pouvoir de Pékin les mette au pas, avec une brutalité toute maoïste. L’obsession de la Chine semble être de faire disparaître la culture et la langue des Ouighours.

La Chine a évidemment protesté après le vote de l’Assemblée nationale française, mais cela n’empêchera pas la répression de continuer. Est-ce à dire que les gestes symboliques sont inutiles ? Non. La vérité est qu’ils ne sont pas assez nombreux. L’ampleur de la tragédie devrait avoir soulevé un raz-de-marée de protestations, qu’appellent du reste les exilés ouighours dans le monde. Ces protestations sont molles et insuffisantes. Le gouvernement ne veut surtout pas se fâcher avec Pékin. Peu d’intellectuels se sont mobilisés avec force et constance, comme sait le faire Raphaël Glücksmann, ou comme le fait depuis des années le Pen club. Le monde intellectuel doit parler plus fort, s’indigner plus vigoureusement et sans relâche.

Philippe Pujas