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ANTONIONI DE CHRONIQUE D’UN AMOUR A DESERT ROUGE

samedi 22 janvier 2022

Deux films d’Antonioni, Chronique d’un amour et Le désert rouge, resssortent en salle le 26 janvier. Deux premiers films, pourrait-on dire. Chronique d’un amour est, en 1950, son premier long métrage, Le désert rouge, en 1964, son premier film en couleurs. Entre les deux, et à peine plus de dix ans, le cinéaste a trouvé son style, dont les prémices apparaissent pourtant en 1950, et il est devenu célèbre après avoir frappé le grand coup de L’avventura.

Chronique d’un amour est un film d’après-guerre. Un film noir, dans la veine américaine qui s’installe alors sur les écrans européens. De l’Italie, on voit ce qu’elle est alors dans son nord industriel, avec ses riches, qui ont déjà bien profité de la situation et vont s’installer dans le « miracle italien », et ses laissés pour compte, incapables de saisir la richesse au vol. Ce décor est le cadre d’un roman noir classsique : deux amants, un mari, un accident ancien qui n’en était peut-être pas un, la tentation de faire disparaître le mari, un détective privé qui aide à dénouer des fils… Antonioni, qui saura toujours choisir ses actrices, fait appel ici à une jeune débutante, Lucia Bose, appelée à devenir l’une des grandes vedettes du cinéma italien.

Le désert rouge, c’est un début et un accomplissement. C’est la fin du cycle ouvert avec L’avventura, et la première fois qu’Antonioni utilise la couleur. Il le fait comme nul autre, faisant de celle-ci un élément-clé de son langage, cherchant par elle à traduire les sentiments, mais aussi ajoutant de manière fulgurante à la beauté plastique de ses images. C’était une réussite alors unanimement saluée.

Le réalisateur n’ira jamais si loin, après, dans le traitement de la couleur. C’était l’éclatante et somptueuse conclusion d’une période d’une exceptionnelle radicalité créatrice qui l’aura vu, en cinq ans, réaliser L’Avventura, La notte L’éclipse et enfin Le désert rouge.

Depuis son film de 1950, Antonioni aura, aussi, pris la leçon de cinéma donnée, deux ans après Chronique d’un amour , par Rossellini avec Voyage en Italie . La Sicile de L’avventura répondra à la Naples de Voyage en Italie. La narration prend son temps, se plait à des vides, à des écarts. Dans ces mêmes années 50, où mûrit l’art d’Antonioni, la musique et le roman cherchent aussi à casser les codes anciens. De l’autre côté des Alpes, cette quête sera portée par Alain Resnais, admirateur d’Antonioni.

La série qui se conclut avec Le désert rouge est dominée par le visage de Monica Vitti. Découverte dans L’avventura, elle est dans Le désert rouge au sommet de son art. Elle y incarne une jeune femme névrosée, mal dans sa peau, en recherche d’elle-même et d’un sens à sa vie, au milieu de personnages falots.

Antonioni la campe dans des paysages transformés par l’industrie. On est frappé aujourd’hui, en regardant le film, par des observations sur la dégradation de l’environnement. Il ne faudrait pas y voir une sensibilité visionnaire aux dégâts de l’industrie. Antonioni, insistait-il lui-même, ne faisait que constater le progrès, comme ses contemporains, et il pensait qu’on ne pouvait que l’accompagner, même s’’il troublait l’eau des fleuves et les caractères. La Julianna de Désert rouge s’en accommode, et ce n’est pas là, mais dans les tourments intérieurs, que résident ses problèmes. Comme Antonioni, elle voit dans les dans les paysages de l’industrie, dans ses productions, une beauté qui ne nous émeut plus un demi-siècle et quelques dégâts plus tard.

Mais de Chronique d’un amour à Désert rouge, l’œil d’Antonioni n’a pas changé, ni son esthétique pas plus que sa sensibilité. D’un film à l’autre, la même manière de donner de l’importance aux paysages et d’y inscrire les personnages, tantôt de loin, tantôt de près, de face ou de dos, la même tension entre ces personnages. Ce qui rend absolument passionnant le retour simultané, si longtemps après, sur ces deux moments-clés de l’histoire du cinéma.

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