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SUR LA LANGUE

PAR Philippe Pujas
mardi 7 septembre 2021

La ministre de la culture a lancé, avec sa collègue de l’industrie, « France design week », et cela semble lui être naturel. La ministre de la culture ne se demande pas s’il est judicieux que la ministre de la culture de la France lance à Paris « France design week ». Il est vrai que la ministre de la culture de la France, comme l’ensemble du gouvernement, se moque comme d’une guigne de la langue française, qu’il lui paraît naturel d’avaliser la place exorbitante de l’anglo-américain dans le pays, que la démission est l’usage.

C’est mauvais pour la langue, c’est mauvais pour la France. En France même, la langue se perd inisdieusement, expression après expression, de « save the date » au récemment adopté « solo show » quand on parlait d’ « exposition personnelle ». Que peuvent penser les partenaires de la France au sein de l’espace francophone ? Que nous sommes persuadés nous-mêmes que nous avons une langue qui ne sait pas tout dire, et que personne ne peut comprendre dans le monde. Bruxelles, déjà, remplace ses Journées de patrimoine par des « Heritage days ». Quant aux pays francophones, comment en vouloir au Gabon de demander son adhésion au Commonwealth, qu’a déjà rejoint le Rwanda, pays de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie nommée avec le soutien appuyé du Président de la République française ?

On se fait plaisir en vantant l’importance du monde francophone, avec de superbes projections sur la démographie africaine. Mais l’Afrique francophone, au train où vont les choses, va vite devenir un mythe. Elle regarde ailleurs, valorisant ses langues propres et cherchant le langage international du côté anglo-saxon, ce qui en même temps fait la nique à une France toujours soupçonnée de néo-colonialisme par une partie des opinions. On pense à tout cela alors que vont s’ouvrir dans quelques jours à Tunis des Etats généraux du livre en langue française, opération méritoire et sérieusement menée par l’équipe de la commissaire Sylvie Marcé. Quand elle le veut, quand elle est là juste pour stimuler, en écoutant tout le monde, comme cela a été fait pour la préparation de ces Etats généraux, la France fait œuvre utile. Mais cela reste comme à la marge. Il manque, dans les institutions d’Etat comme dans la société française, le sentiment que la langue importe, que parler la même langue crée des liens spéciaux. Hélas, la France entretient avec sa langue des liens trop distants pour admettre qu’elle peut être réellement le ciment d’une famille. Dommage. Elle a tout à y perdre.

Philippe Pujas