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LA CARTE DE NON-IDENTITE

mardi 6 avril 2021

Rien ne devrait étonner de la part des hérauts de la start-up nation. Mais le coup de la carte d’identité européenne dépasse tellement l’entendement qu’on doit avouer qu’on ne les croyait pas capables d’aller jusqu’à de telles altitudes d’ânerie coupable. Les faits : une nouvelle carte d’identité commence d’être distribuée dans deux ou trois départements avant d’être généralisée cet été. Elle adopte un modèle commun à tous les pays de l’Union européenne, qui recommande qu’elle soit rédigée dans deux ou trois langues d’Europe. L’Allemagne a choisi l’allemand, le français et l’anglais, la Roumanie le roumain, le français et l’anglais, la France … le français et l’anglais. Passée la fastidieuse et rapide semaine de la langue française, on peut revenir à l’essentiel, et s’exprimer dans une vraie langue, une langue internationale, la seule, la vraie, l’anglo-américain. C’est une double faute : faute contre le français et la francophonie, faute contre l’Europe, ses peuples et ses langues.

L’anglais est devenu hégémonique dans les institutions européennes, et personne ne s’y est sérieusement opposé, pas même la France dont les protestations ont été velléitaires. Le Brexit aurait dû changer la donne. L’anglais n’est plus la langue unique d’aucun des pays de l’Union, et on conviendra que les deux où elle est en partage, Malte et l’Irlande, ne sont pas parmi les plus grands. Rien n’y fait ; l’hégémonie demeure. Et ce n’est certes pas en faisant comme elle le fait avec sa carte d’identité que la France va demander à changer la donne. Cela s’appelle capituler. Un Etat qui ne défend pas sa langue la trahit, et trahit son pays. Des artistes, des écrivains s’élèvent contre ce renoncement. Que beaucoup les rejoignent ! Il se dit que le Président de la République a mis en chantier à Villers-Cotterêts une Cité de la langue française. On en devine l’esprit : le musée d’une langue morte.

Philippe Pujas