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LA FRANCE, KLIMT ET LES SPOLIATIONS NAZIES

PAR Philippe Pujas
lundi 15 mars 2021

La ministre de la culture l’a annoncé solennellement le 15 mars : la France a décidé de restituer aux ayants-droit un tableau de Gustav Klimt, Rosiers sous les arbres, considéré comme provenant de la spoliation d’une famille juive autrichienne en 1938. La propriétaire de ce tableau avait alors, explique la ministre, dû le vendre à vil prix alors que sa famille était persécutée par les nazis.

Cette restitution est marquée par le fait que, pour la première fois, la France s’engage à restituer non pas une œuvre provenant de ce qu’on appelle les « MNR » (œuvres récupérées en Allemagne en 1945 et inscrites sur un registre spécial du fait de leur origine douteuse) mais un tableau vendu par son propriétaire avant cette période, et entré dans les collections nationales françaises par une acquisition auprès d’un marchand d’art en 1980.

Cette restitution pose un problème : pour pouvoir la rendre à la famille alors que le tableau, appartenant aux collections nationales, et de ce fait inaliénable, il va falloir une loi, que le Parlement devra donc voter. En annonçant en grande pompe la restitution à venir, la ministre de la culture fait tout simplement comme si le vote du Parlement était une formalité. Il est vrai que le pouvoir ne s’embarrasse pas beaucoup des processus démocratiques quand il s’engage à transférer des œuvres à des pays africains. Et le communiqué du ministère de la culture qui annonce la restitution du Klimt indique que « La restitution annoncée ce jour ne peut, en l’état du droit, être mise en œuvre immédiatement ». Il y a dans ce « en l’état du droit » comme un regret, et un rêve d’un nouveau droit, ce qui ne peut qu’inquiéter.

Nous ne nous prononcerons certes pas sur la légitimité de ces restitutions, notamment celle de ce jour, à laquelle le musée d’Orsay a travaillé plusieurs années avant de conclure à l’effectivité de la spoliation. Mais une nouvelle fois, après les biens africains, un problème de méthode, rejoignant un problème de fond, se pose. Le principe d’inaliénabilité est au cœur du système muséal français, c’est lui qui protège les collections. On ne peut y toucher qu’avec la plus extrême prudence, et avec de solides garanties de droit. Respecter l’équilibre des institutions, notamment les pouvoirs du Parlement, est de ce point de vue fondamental. Procéder autrement, c’est ouvrir des vannes au risque de ne plus pouvoir arrêter le flot.

Philippe Pujas