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LE PARLEMENT EUROPEEN, LA CATALOGNE ET LA DEMOCRATIE

PAR Philippe Pujas
mardi 9 mars 2021

Le Parlement européen a levé, à la demande de l’Espagne, l’immunité parlementaire de trois députés catalans. Le plus en vue des trois, Carles Puigdemont, a aussitôt résumé la situation : 3on a perdu notre immunité, a-t-il dit, mais le Parlement a perdu encore plus ». Qu’est-ce que le Parlement pourrait avoir perdu dans cette affaire ? L’idée démocratique qui, en principe, sous-tend la construction européenne et le vivre-ensemble de l’Union.

De quoi s’agit-il ? De tenir pour nulle et non avenue la parole de la majorité des citoyens de Catalogne. En 2017, après l’organisation d’un referendum sur l’indépendance auquel s’était opposé Madrid, le Parlement catalan, fort de sa majorité, fait une déclaration d’indépendance. En toute illégalité, bien sûr, mais en toute légitimité démocratique. Cette légitimité a, depuis, été confirmée par les urnes, et, il y a quelques semaines encore, lors des élections régionales qui ont conforté la majorité indépendantiste. L’Espagne s’oppose à l’indépendance de la Catalogne, mais l’Europe aussi, qui ne veut pas que ses frontières bougent. Les Etats – la France au premier rang – soutiennent Madrid.

L’Europe a-t-elle tort ? Elle a sa logique, celle de la stabilité. Elle a prévenu les Catalans qu’une Catalogne indépendante, même répondant à l’aspiration de la majorité de ses habitants, ne serait pas reconnue ni intégrée. La position du Parlement européen se situe dans cette logique qui est, par la force des choses, celle du refus de la démocratie.

Que se passera-t-il si, à l’autre bout de l’Europe, l’Ecosse obtient d’un pouvoir britannique plus soucieux de la démocratie le droit d’organiser un referendum sur l’indépendance, avec notamment pour motivation la volonté d’échapper au brexit et de rejoindre l’Union européenne ? Si le oui l’emporte, que fera l’Europe ?

Pour l’heure, ce qui est salué par le Parlement européen, c’est le déni démocratique de Madrid, qui devient donc officiellement aussi le sien.

Philippe Pujas