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PIERRE ÉTAIX

PAR Philippe Pujas
dimanche 16 octobre 2016

Pierre Étaix, qui vient de mourir à 87 ans, avait deux passions, le cirque et le cinéma. Il avait mélangé les deux dans un personnage inoubliable, Yoyo, dont il fit le héros d’un des plus beaux films du cinéma français, et qu’il incarna aussi au cirque. Il avait repris le costume de Yoyo il y a quatre ans, en décembre 2012, sous le chapiteau du cirque Joseph Bouglione, à la demande de son partenaire Pieric. Il y était heureux, dans l’ambiance d’’un cirque familial et devant le public qu’il a, toute sa vie, adoré faire rire. Il avait alors, encore, un grand projet : un spectacle de music-hall, qu’il n’a, hélas, jamais réussi à financer. Le cinéma, nous confiait-il alors, je n’y pense plus : les producteurs vous dictent ce que vous devez faire.

Pierre Étaix restera comme l’un des artistes français les plus injustement traités. Ses débuts furent magnifiques : il produit des gags pour Jacques Tati et, dans la foulée, réalise ses propres films : courts métrages, puis un premier long métrage, Le soupirant, qui en 1962, reçoit un accueil remarquable, salué notamment par le prix Louis-Delluc. L’année suivante, ce sera le sublime Yoyo, hymne d’amour au cirque. Le cirque, il s’y engage avec sa compagne Annie Fratellini, avec qui, passionné de transmission, il crée dans les années 70 la première école de cirque de France, celle qui deviendra l’Académie Fratellini.

La suite de la carrière de Pierre Étaix a ses moments amers, qui ne grandissent pas les politiques publiques. Il a été évincé de l’école de cirque qu’il avait créée, et en a été profondément blessé, d’une blessure qui ne s’est jamais refermée. Quant au cinéma, on enrage de penser qu’un des plus talentueux et le plus original des cinéastes français n’a pas pu donner toute sa mesure. Ainsi, le système tant vanté d’aide au cinéma peut financer 200 films par an, mais être incapable de permettre la réalisation d’un film de Pierre Étaix ?

Pierre Étaix aura, aussi, été longtemps victime d’un imbroglio juridique qui a bloqué la diffusion de ses films. L’ensemble est de nouveau disponible depuis 2010, un splendide coffret DVD ayant alors été édité. Mais le grand écran et la télévision ont continué d’ignorer une œuvre sans pareille dans le cinéma français, au ressort burlesque, héritière de Max Linder et Buster Keaton. Peut-on suggérer aux autorités publiques, plutôt que d’indécentes larmes de crocodile, un peu d’autocritique ?

Philippe Pujas