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BOUSSOLES

PAR Philippe Pujas
mardi 20 septembre 2016

L’Europe déboussolée, la France déboussolée. Tous ceux qui se sont fait une certaine idée de l’Europe devraient être abattus, et ce n’est pas le moment de l’être. L’Europe qui s’est construite et fourvoyée n’est pas la bonne, elle n’est même pas l’Europe, elle s’est construite sur des idées qui ne sont pas les siennes. On l’a dit, et il faut le redire : la construction européenne de l’après-guerre avait fait de l’économie est un moyen et une fin. Hélas, le moyen est devenu fin, et personne ne peut rêver de cet assemblage de procédures et de contraintes sans but mobilisateur. Cette Europe-là est le contraire de son essence. L’Europe est d’abord une culture, avec sans doute un ensemble de sous-cultures - qu’on appelle diversité - et elle ne peut se retrouver, et reprendre de l’élan, que dans cette culture commune. Aux Européens de puiser dans leur histoire ce qui les unit.

Et la France ? elle non plus ne sait pas où elle va, entre ceux qui exaltent nos ancêtres les Gaulois et ceux qui refusent cette paternité. Et pourtant, deux idées simples devraient rassembler les bonnes volontés. La première est qu’on ne peut faire table rase des racines, même quand sur ces racines ont prospéré des légendes ; chacun a besoin de se retrouver soi-même, et de se retrouver aussi dans un récit commun, celui qui fait nation, nation française, nation européenne. La deuxième idée est qu’on ne peut refuser aux autres ce qu’on éprouve nécessaire pour soi-même. Dans la société composite qu’est la France d’aujourd’hui , beaucoup de citoyens ont des racines ailleurs. Rien ne serait pire que de leur refuser de cultiver leurs racines. Ils sont venus avec ce bagage-là, et peu importe si c’est celui de leur père ou de leur grand-père. On peut être excellent citoyen français, et garder en soi le souvenir de ce qu’est sa lignée, et même entretenir ce souvenir. La France sera belle dans cette double reconnaissance, que certains pourraient appeler une identité heureuse.

Philippe Pujas