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LA TRAHISON DES CLERCS

PAR Philippe Pujas
mercredi 20 juillet 2016

Dans sa dernière interview, donnée au « Point » quelques jours avant sa mort, Michel Rocard constatait que François Hollande était « un enfant des médias », et jugeait que « la France est entrée dans un déclin profond à cause de la manière dont nous communiquons les uns avec les autres », ajoutant « c’est irrémédiable ».

Ce qui s’est passé depuis le 14 juillet niçois va hélas dans son sens. Un camion tue 84 personnes et en blesse plus de 300 et quelques heures plus tard, dans la nuit, le Président de la République dénonce un attentat islamiste. Les médias, dans leur immense majorité, s’engouffrent dans cette version avancée à la hâte. La piste islamiste se révèle d’une extrême fragilité, mais la machine médiatico-politique est lancée. Médias, politiques et experts patentés, que ce genre d’événement fait proliférer, s’engouffrent, surenchérissent dans l’absence de recul et l’exploitation de l’émotion, par facilité ou pour ne pas avoir un train de retard dans l’excès. Nouvelle trahison des clercs, pour reprendre le titre de l’excellent livre de Julien Benda qui, en 1929, dénonçait le triomphe de l’irrationnel ?

Est-ce irrémédiable, comme le pensait Michel Rocard ? L’irrémédiable est le contraire du vivant. Le vivant cherche l’équilibre. A l’excès d’émotion, à la folie du moment, la vie répondra par la pensée et par la raison. Le plus tôt sera le mieux. Car le temps presse.

Philippe Pujas