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ÉDUQUER

PAR Philippe Pujas
lundi 9 février 2015

Voilà qu’on revient, après le choc, aux choses essentielles, et donc à l’éducation. Et à l’égalité. Dont l’égalité des territoires. Et que, dans cette grande remise en question, ce grand retour aux fondamentaux, on parle aussi (un peu seulement) de culture. L’école sera celle de la République. On n’y expliquait pas assez bien la laïcité : ce sera fait. On n’y enseignait pas avec assez de force la langue française : ce sera fait. L’éducation dite “ artistique et culturelle” ? Si on se mettait à y penser sérieusement, c’est-à-dire si les principaux ministères concernés se mettaient autour de la table ? Cela semble en train de se faire. On a les outils, et les savoir-faire, depuis le temps qu’on en parle, qu’on expérimente, et qu’on élabore des plans abandonnés par les gouvernements suivants. On n’est pas si mal placés, aujourd’hui. L’école a ses enseignants et ses modes de coopération avec les artistes et les institutions, et la réforme tant décriée des rythmes scolaires donne un cadre pour l’intervention de ceux qu’on avait un peu sacrifiés ces dernières années, les fédérations d’éducation populaire et les associations. Or si la remise en question de ces dernières semaines a démontré quelque chose, c’est bien que la vivante société française doit tirer parti à la fois d’institutions publiques fortes et d’un monde associatif qui ne demande qu’à être mobilisé.

C’est bien la direction qui semble être prise, si l’on en croit les déclarations du Président de la République et du gouvernement. Les deux ministres les plus impliquées dans l’éducation “artistique et culturelle”, celle de l’éducation nationale et celle de la culture, donnent ces jours-ci l’impulsion politique nécessaire. Le moment de vérité viendra avec les moyens - pas seulement financiers - qui seront dégagés, et la vigueur de l’engagement public.

“Éducation culturelle et artistique” : plus que jamais, il faut distinguer les deux. La culture, aujourd’hui, se pense beaucoup en termes de diversité culturelle. C’est à cette diversité qu’on pense le plus spontanément, quand on associe culture et banlieues. Banlieues (ou quartiers) étant entendus comme les territoires où se concentrent les populations les plus fraîchement installées en France. Là, donc, où se trouvent le plus de déracinés. Qui aspirent pour la plupart, très humainement, à ne pas se couper complètement de leurs racines, et donc à garder vivante, en eux, la culture de leurs origines. C’est un mouvement qui mérite d’être accompagné. L’éducation culturelle est un bon foyer pour ce partage. Cette même éducation culturelle apporte les éléments de compréhension de la société qui est non plus celle de leurs parents ou celle qu’ils viennent de quitter, mais celle qui est la leur hic et nunc. Des équipes artistiques, depuis des années, excellent dans ce double exercice, parce qu’elles sont les mieux placées pour réveiller les ressorts du sensible, et traduire en gestes et en paroles la complexité des situations. Mais l’art va au-delà. L’éducation, la large implantation des équipements culturels dans tout le pays sont autant d’atouts pour ouvrir les esprits à la curiosité de la création passée et à venir, et à élargir l’horizon. Avec ses limites : comment donner le goût du large à une société dont l’horizon est borné par le chômage ?

Philippe Pujas