Policultures

TERRITOIRES LIVRE ET INDUSTRIES ARTS VISUELS SPECTACLE UN MOIS EN BREF NOTES DE LECTURE INTERNATIONAL POLITIQUES PUBLIQUES ABONNEMENTS

HYPERDIMANCHES

PAR Philippe Pujas
jeudi 11 décembre 2014

Le travail du dimanche est bien, comme le dit Martine Aubry dans la chronique qu’elle a donnée au Monde mercredi, une question de civilisation. La maire de Lille soulève une question cruciale quand elle dit : "ne réduisons pas l’existence à la consommation", et qu’elle demande : "La gauche n’a-t-elle désormais à proposer comme organisation de la vie que la promenade du dimanche au centre commercial et l’accumulation de biens de grande consommation ?"

Le Premier ministre a beau ironiser ( passer de 5 à 12 dimanches serait donc un changement de civilisation, se moque-t-il), il y a bien là une ligne de fracture sur le sens que l’on veut donner à la société dans laquelle on vit. Il semble naturel, aujourd’hui, que toutes les valeurs soient subordonnées à l’impératif économique. Qui n’a aucune raison de s’arrêter en chemin. On a autorisé l’ouverture des commerces cinq dimanches par an il y a à peine quelques années, nous voilà à douze, et bientôt, naturellement, à vingt, puis cinquante-deux…

Il y a co-incidence frappante entre deux événements : la présentation du projet de loi qui, notamment, encourage le travail le dimanche, et la manifestation d’artistes du spectacle, le soir même, au Théâtre de la Colline, réclamant une plus grande considération pour l’art. Le premier orateur de la soirée, le metteur en scène Benoît Lambert, s’est référé à Bourdieu qui, dénonçant dans "La misère du monde" la démission de l’État, parlait d’une "noblesse d’État" passée des humanités à la théorie économique. Cette noblesse-là paraît plus installée que jamais. Pas sûr que l’on ait beaucoup à y gagner.

Philippe Pujas