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LA MINISTRE ET LE NOBEL

PAR Philippe Pujas
jeudi 30 octobre 2014

Voilà donc que la ministre de la culture est sur un plateau de télé, qu’elle est incapable de citer un seul titre de Modiano et que, pour s’excuser, elle plaide ne pas avoir eu le temps de lire depuis deux ans. Curieuse excuse, s’agissant d’un auteur dont le premier roman date des années soixante : Fleur Pellerin aurait eu évidemment, avant d’être ministre, le loisir de lire le futur Nobel de littérature. Sa réponse a eu un succès considérable ; elle a fait le tour des médias.

Tout a été dit, dans tous les sens, sur ce moment de déstabilisation : qu’un ministre de la culture qui ne lit pas de roman n’est pas à sa place, que ses services ont mal préparé ses fiches, qu’elle a eu une franchise exemplaire… Notons qu’elle n’a pas dit qu’elle n’avait jamais lu, elle a juste dit que ses activités ministérielles l’accaparaient. Parlons donc d’autre chose.

Cet autre chose, c’est la pratique des médias qui s’est imposée peu à peu. Une pratique dans laquelle Fleur Pellerin ne se distingue pas d’Aurélie Filipetti. On n’informe pas, on communique, en faisant de préférence le tour des plateaux télé et des studios de radio. En sort-il quelque chose de sérieux, un exposé solide d’une politique ? non, bien sûr, l’objet du show n’étant pas celui-là. Il n’en reste donc que de l’écume, de l’écume amère et futile.

Il reste à espérer que de cette mésaventure, des leçons soient tirées. Faire le tour des plateaux télé, c’est être présent, c’est assurer le spectacle, ce n’est pas informer. Informer, c’est, par exemple, donner de temps en temps de vraies conférences de presse, qui permettent d’aller au fond des choses. C’est ce qu’on attend d’une démocratie qui tourne bien, c’est-à-dire respectueuse du citoyen. Tout le monde y gagnera.

Philippe Pujas