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BESOIN DE BEAUTÉ

PAR Philippe Pujas
jeudi 11 septembre 2014

L’édition 2014, la 31ème, des Journées européennes du patrimoine, le 20 et le 21 septembre, a pour thème “patrimoine naturel, patrimoine culturel”. Ces deux journées, souligne le ministère de la culture, permettent “une définition plus large de la notion de patrimoine en l’ouvrant à celle de site ou de paysage”. Voilà qui est bien venu.

Jack Lang, qui a des sens aiguisés, publie un court livre-manifeste* qui pose la question que beaucoup s’évertuent à poser sans succès depuis des années : on doit se féliciter d’avoir su protéger, entretenir et faire vivre le patrimoine monumental et les centres historiques, mais il faut aussi lever les yeux sur ce qui est un échec considérable : le traitement des paysages ordinaires. L’ancien ministre de la culture, créateur des Journées du patrimoine, dresse une liste connue : grands ensembles, entrées de villes avec leurs affligeantes zones commerciales, lotissements pavillonnaires… Et il se dresse contre au nom d’un principe délaissé : le droit à la beauté.

Nos pages focus de ce mois apportent de l’eau au moulin de la protestation de Jack Lang. Les Pyrénées-Orientales, départe ment auquel nous nous sommes intéressés, ont un patrimoine monumental et naturel considérable. Le premier est bien entretenu, visité, cajolé. Le second, en partie protégé par diverses procédures ( réserves naturelles, loi littoral, etc.), est soumis à des pressions qui ont enclanché depuis plus de cinquante ans, autour des villes et des villages, ainsi que sur le littoral, un processus d’enlaidissement que rien ne semble devoir arrêter. Les causes : absence de volonté politique, prééminence des intérêts économiques et surtout, peut-on avancer, indifférence générale à la beauté. Des schémas de cohérence territoriales (SCOT), censés préparer l’avenir, ont été réalisés pour les deux espaces les plus sensibles du département, l’aire d’influence de Perpignan et le littoral sud. Le souci esthétique est totalement absent de ces documents. La beauté avait passé de mode. Il y avait toutes sortes de raisons à cela, et toutes n’étaient pas mauvaises. Mais on a fini par tout confondre. Le court manifeste de Jack Lang rappelle que la beauté est un besoin. C’est à l’ensemble de la société, maintenant, de prendre conscience de ce besoin, et de se donner les moyens d’y répondre. Cela passe par l’éducation, cela passe aussi par une coordination de l’action gouvernementale dont le ministère de la culture doit assumer la responsabilité. Voilà un beau chantier pour Fleur Pellerin.

Philippe Pujas

*Ouvrons les yeux Édtions HC 40 pages 4,50 euros à partir du 18 septembre