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POUR DES MUSÉES POPULAIRES

PAR Philippe Pujas
mercredi 2 janvier 2013

La ministre de la culture a consacré quelques instants des dernières heures de l’année à visiter des expositions avec des bénéficiaires d’associations caritatives.

On ne peut que se féliciter de cette sollicitude. L’accès de tous aux musées, comme à toutes les formes de culture, de la plus populaire à la plus “savante”, est un des objectifs permanents du ministère de la culture, une de ses missions fondatrices, quelque peu négligée ces dernières années.

On a beaucoup écrit, et sans que cela soit vrai, que la politique de démocratisation de la culture était un échec. Ce qui est vrai, c’est que ce doit être une préoccupation constante des pouvoirs publics. La démocratisation passe par l’école, elle passe par une télévision ambitieuse et non racoleuse, elle passe par la banalisation de la fréquentation des institutions culturelles, dont les musées.

Pour les musées, justement, tout va bien. Les chiffres de fréquentation 2012 qui tombent font état de succès sans précédent, ou proches de records anciens, en tout cas en forte hausse sur 2011. Il n’y aurait donc rien à dire. Mais, justement, il y a à dire.Il y a à souligner la trop forte croissance des prix d’entrée dans beaucoup de musées et de monuments, en particulier dans les musées nationaux, situation dénoncée par un rapport de la Cour des Comptes en 2011. Le rapport dénonçait une “stratégie délibérée” d’augmentation des tarifs, “décidée et déployée par les musées eux-mêmes, avec l’accord tacite du ministère de la culture qui n’a guère cherché à y jouer un rôle.”

Pour les collections permanentes, Nicolas Sarkozy avait fait une promesse : la gratuité des entrées. Pratiquée dans un certain nombre de musées municipaux, notamment les musées de la Ville de Paris, cette gratuité a donné des résultats probants ; augmentation sensible de la fréquentation, début de diversification des publics, changement des pratiques, les visiteurs revenant plus souvent. Avec le soutien d’une administration de la culture majoritairement hostile à l’idée, la ministre d’alors, Christine Albanel, a réussi à réduire la portée de la promesse présidentielle aux jeunes visiteurs. Quant aux expositions temporaires, les tarifs ont désormais de quoi décourager plus d’un visiteur. Exemples : Hopper au Grand-Palais 12 euros, Dali au Centre Pompidou 13 euros.

Faut-il impulser une autre politique ? La période paraît mal choisie, alors qu’on demande aux institutions culturelles de l’État de compter encore un peu plus sur elles-mêmes. Pourtant, on ne pourra pas faire l’économie d’une nouvelle réflexion sur la gestion des musées nationaux, et sur leurs finalités. On les a beaucoup, ces dix dernières années, incités à se conduire en entreprises, à valoriser un capital plus qu’à gérer un patrimoine pour l’éducation et, selon l’expression consacrée, la “délectation” du public. Cette orientation très franchement libérale, conduite d’abord avec le souci de gagner le plus d’argent possible, doit-elle être confirmée et poursuivie ? quelle doit être la part de la démocratisation dans une nouvelle politique, et donc, notamment, quelle est la politique tarifaire optimale pour satisfaire des objectifs contradictoires mais à concilier ? Telles sont les questions que pose l’opportune initiative d’Aurélie Filipetti.

Philippe Pujas