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L’EXCEPTION LENSOISE

PAR Philippe Pujas
lundi 3 décembre 2012

Le Président de la République inaugure à Lens, le 4 décembre, un investiissement économique majeur : le "Louvre-Lens", déclinaison en région d’une marque vendue aussi ailleurs dans le monde, à Abou Dabi et Atlanta.

L’inertie des investissements fait que l’inauguration de ce lieu de production de richesses intervient dans un climat très différent de celui qui avait conduit à la décision d’investir. Le climat libéral de l’époque poussait à tirer profit de tout. Le Louvre, le Centre Pompidou étaient des noms vendeurs. Aussi vendeurs que Guggenheim qui avait si bien réussi à Bilbao. L’État encourageait le mouvement, quitte à ne pas investir lui-même en faisant valoir aux collectivités territoriales tout le bénéfice qu’elles retireraient de l’effort qu’elles fourniraient seules.

Pour les collectivités territoriales, c’est un pari ambitieux. Elles doivent financer intégralement le fonctionnement du nouvel équipement ( la dépense est estimée à 15 millions d’euros pour la première année, avec 25% de ressources propres), après avoir supporté la charge de l’investissement. Le compte en effet est éloquent : pour un coût total de 150 millions d’euros, l’État a apporté deux millions, soit un peu plus de 1%. L’effort principal a été fait par la Région (88 millions, soit 59%), suivie du FEDER (Fonds européen de développement régional) avec 37 millions , des Communautés d’agglomération de Lens Liévin d’Henin Carvin et de la Ville de Lens, enfin du Conseil général du Pas-de-Calais (11 millions). En outre, les collectivités territoriales ont eu à financer toutes le opérations de restructuration urbaine sans lesquelles cet investissement n’aurait eu aucun sens.

De la part de l’État, cette politique était tout sauf de l’aménagement du territoire, qu’il fût économique et culturel : il s’agissait purement et simplement de vendre des marques au plus offrant. Alors que des signes de renouveau d’une politique d’aménagement du territoire comme d’une politique culturelle se manifestent, on voit bien que les investissements à Metz et à Lens, malgré le succès du premier et les espoirs du second (on espère 500 000 visiteurs par an), ne peuvent pas constituer un modèle. Il faut donc désormais - et c’est la piste qu’indique suivre la ministre de la culture - reprendre le travail en profondeur à travers les territoires : consolider les musées existants, qui ont connu depuis trente ans une vraie révolution, attendre d’eux qu’ils mènent une politique culturelle au moins autant q’une politique commerciale, être attentif aux tarifs, qui ont explosé, assurer les liens entre musées et éducation artistique. Cela, certes, n’empêche pas de valoriser le musée comme atout touristique. Mais dans un modèle moins coûteux, mieux réparti, et reproductible.

Philippe Pujas