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ÉGALEMENT POÈTE

PAR Philippe Pujas
mercredi 28 novembre 2012

Jacques Dupin est mort il y a quelques semaines. C’était un poète. Il s’intéressait en poète aux autres arts, fut l’ami de peintres, écrivit sur la peinture en poète. Dans le bref hommage protocolaire qui lui a été rendu par le ministère de la culture, Jacques Dupin a été présenté comme historien d’art, “également poète”.

Commentaire révélateur de la considération qui entoure la poésie en France ? On pourrait trouver d’autres signes : les difficultés que connaît actuellement le Printemps des Poètes, belle manifestation qui se dit mise en danger par la non reconduction d’une subvention du ministère de l’éducation nationale ; la bonne conscience avec laquelle la SACD, société d’auteurs, a expulsé de ses locaux, après un procès inégal, la Maison de poésie ; la place de la poésie à la radio et à la télévision, etc.

Certes, les poètes ont leur part de responsabilité. Ils se sont trop perdus en chapelles, ont trop souvent perdu le chemin du lecteur sans s’en émouvoir outre mesure. Mais quand on parle de poésie ici, c’est de l’attitude poétique qu’il s’agit, d’un regard sur le monde : il faut entendre le mot dans son sens large.

Comment ne pas rappeler la nécessité du poète à propos d’un des thèmes qui montent dans les politiques culturelles, les rapports entre culture et développement durable ?

Les ministères français et québécois de la culture viennent de tenir à Paris deux journées de colloque sur ce thème. Journées riches, journées de qualité. Les rapports entre culture et développement durable y étaient abordés, principalement, sous l’angle de la diversité, combat certes indispensable et pour lequel il faut moins que jamais baisser la garde. Mais la culture peut aussi avoir à l’égard du développement durable une attitude plus offensive, et dire, ce qui a été de tous temps sa nature, son regard sur le monde, sur le monde visible et ce qu’il devient, sur ses dégradations, sur les manières de vivre la ville, d’habiter la campagne, d’en dire les fragilités. Le vrai regard poétique sur le monde a cette qualité qu’il est plus sensible que d’autres aux détails qui rendent la vie précieuse, et à ce qui la dégrade. Il ne serait pas inutile de lui donner un peu de considération, et de l’entendre.

Philippe Pujas