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DE BERCY À VALOIS

PAR Philippe Pujas
vendredi 26 octobre 2012

C’est donc un spécialiste des questions budgétaires qui a été nommé par le dernier conseil des ministres, le 24 octobre, directeur général des patrimoines au ministère de la culture. A 45 ans, Vincent Bérjot a fait l’essentiel de sa carrière à Bercy, qu’il n’a quitté au début de l’an dernier que pour prendre la direction des finances de la Ville de Paris. Et d’aucuns de crier déjà au scandale : quel triste symbole que de voir le patrimoine aux mains d’un financier !

Qu’il y ait dans le profil du nouveau directeur une volonté manifeste de gérer au mieux ne peut pas faire l’ombre d’un doute. La situation du Centre des monuments nationaux, où opère désormais son prédécesseur Philippe Bélaval, celle des musées nationaux, justifieraient à elles seules qu’un expert en finances prenne les choses en mains. Un seul exemple : les années passées, en sabotant les mécanismes de péréquation sur lesquels était fondé l’équilibre du système français, ont créé des ferments de déstabilisation lourds de menaces. Et puis, c’est vrai, il faudra gérer les ressources rares avec une particulière rigueur.

Faut-il pour autant faire dès aujourd’hui un procès d’intention au nouveau venu ?

On peut certes lui reprocher son diplôme de l’École nationale de la statistique, qui doit bien chagriner quelques ayatollahs. Mais enfin, il est aussi normalien - ce qui devrait amadouer un peu ces ayatollahs - et il est agrégé de sciences sociales, ce qui ne peut pas gâter le jugement de celui qui doit gérer le patrimoine, matériel comme immatériel. A Bercy, il a eu à traiter de la culture. Du reste, Philippe Bélaval, à qui il succède, n’était ni conservateur de musée, ni architecte, ni diplômé de l’École des chartes, mais énarque. C’est à ce titre qu’il avait rejoint l’administration de la culture avant de devenir, notamment, un excellent directeur des archives.

Le problème, évidemment, est que la nomination de Vincent Berjot intervient dans un contexte qui paraît peu favorable à la culture. C’est ce qui lui donne un relief particulier. Et un handicap. Mais aussi un aiguillon : à lui maintenant de montrer dans un poste et à un moment difficiles qu’il ne perd de vue ni les moyens budgétaires ni les objectifs culturels.