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ATTAQUES

PAR Philippe Pujas
samedi 13 octobre 2012

Un budget en baisse sensible dans un budget de l’État stabilisé, une attaque à l’Assemblée nationale contre la fiscalité dérogatoire des œuvres d’art : c’est de l’intérieur, cette fois, que l’exception culturelle française est attaquée. Le climat n’est pas bon, chez les politiques, au sujet de la culture. Comme si on avait trop fait jusqu’à maintenant, comme si l’exception culturelle, qui avait longtemps fait consensus, était devenue un privilège insupportable au profit de quelques nantis, comme si la France ne pouvait se payer le luxe, dans un moment difficile, de gaspiller son argent en futilités. Dans ce climat pesant, l’affaire des œuvres d’art et de l’impôt sur la fortune a été un signe inquiétant qui s’ajoute à d’autres.

L’exception culturelle est un acquis ancien. C’est en se fondant sur ce principe qu’on a pu défendre le cinéma français contre la puissance d’Hollywood, c’est en son nom qu’on a voté il y a trente ans une loi sur le livre dont on bénéficie toujours, c’est elle qui justifia que les œuvres d’art fussent exclues du calcul du patrimoine servant de base à l’impôt sur la fortune. Cette exception a été voulue par un Président de la République, François Mitterrand, dans une France qui nationalisait ses banques et une part de son industrie. Cette même France doublait le budget du ministère de la culture.

Personne ne demande qu’on en fasse autant aujourd’hui, mais on aimerait, au moins, de la considération pour l’art et la culture. Cette considération s’effrite.

François Mitterrand s’inscrivait dans une double tradition bourgeoise (sa culture familiale, une sorte de respiration) et populaire, celle qui est passée par Hugo et le Front populaire. Or ces deux piliers sont affaiblis sur fond de crise économique, et cela a naturellement une sanction politique. La culture n’est plus, pour beaucoup, qui ont d’autres loisirs, une part essentielle, nécessaire de leur vie. Ils ne voient pas la nécessité de lui faire un sort particulier.

Faut-il, dès lors, pour défendre la culture, aller dans le sens du vent, et mettre en avant, d’abord, son apport à la vie économique ? Cela a certes servi pour écarter la menace de l’impôt sur les œuvres d’art. Mais sans doute vaut-il mieux défendre la culture pour ce qu’elle est, et qui est irréductible à l’économie. Même si on se félicite des retombées.

Philippe Pujas