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TABOUS

PAR Philippe Pujas
lundi 8 octobre 2012

Un double tabou est tombé : un budget peut être en baisse, et la culture ne pas être prioritaire. En d’autres temps, bien des protestations se seraient élevées. Cette fois-ci, rien. Est-ce parce que le milieu culturel accepte d’un gouvernement de gauche ce qu’elle aurait refusé à un gouvernement de droite ? Il y a de cela, sans doute. Mais pas seulement. Dans un contexte particulièrement difficile - le choix européen de la rigueur, dont on peut par ailleurs penser beaucoup de mal - le ministère de la culture a bâti un budget qui tentait de sauver l’essentiel, et il tente de garder ouvertes des marges de manœuvre pour une nouvelle politique.

On sait que dans ce ministère, compte tenu du poids des dépenses contraintes, il reste peu pour définir un cap nouveau. Le choix de sacrifier des investissements marginaux était donc le plus logique ; il est celui qui permet de préserver l’essentiel, ou ce qui est censé l’être : l’entretien du patrimoine, l’aide à la création, la démocratisation de la culture.

Mais il y a plus. On va se rendre compte - on peut en tout cas l’espérer - dans les mois à venir qu’une politique ne tient pas seulement dans les moyens budgétaires. L’action de l’État, c’est aussi la loi et la norme. Une politique du patrimoine passe certes par des crédits en-deçà desquels on ne peut pas descendre - la fâcheuse expérience Aillagon l’a démontré. Mais elle passe aussi par le rôle protecteur que l’État peut seul assurer par la réglementation. Les annonces ministérielles sur le patrimoine traduisent une inversion heureuse de la tendance qu’avait le gouvernement précédent à ébranler les barrières protectrices. On verra aussi si la politique à l’égard des industries culturelles prend le recul nécessaire. Cela n’est pas seulement affaire d’argent. On verra enfin comment l’État culturel dialogue avec la société civile représentée par le milieu associatif. Il y faut certes des moyens, mais aussi une grande attention, et du respect. Un climat.

Philippe PUJAS