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LA TOILE NETFLIX

PAR Philippe Pujas
mercredi 20 janvier 2021

Netflix va restaurer le Napoléon d’Abel Gance, dans le cadre d’un programme de mécénat au bénéfice de la Cinémathèque française. La plateforme américaine, déjà entrée dans la moitié des ménages français, continue ainsi, patiemment et méthodiquement, de tisser sa toile en France, comme elle le fait ailleurs. Mécène, producteur, Netflix apporte aussi son expertise et ses conseils à des écoles de cinéma, à commencer par la FEMIS. Cela ne manque pas de poser quelques questions.

Qu’attend-on de Netflix en France, quelle place est-on disposé à lui laisser ? La ministre de la culture assure fermement que les plateformes devront contribuer au financement de l’audiovisuel et du cinéma. Mais par quels mécanismes ? La France dispose depuis l’après-guerre, c’est-à-dire depuis la période où, justement, elle cherchait à contenir l’influence d’Hollywood, d’un système vertueux qui fait bénéficier les films difficiles à financer d’une partie de la recette des plus commerciaux. Le système s’appuyait sur les entrées dans les salles. Il doit naturellement s’adapter aux conditions nouvelles de la diffusion, et au poids des Netflix, Disney et autres dans la production et la diffusion, mais comment doit-il le faire ? Deux options ‘offrent.

La première est un mécanisme automatique de prélèvement sur les recettes, qui permet ensuite de redistribuer vers des productions sélectionnées le produit de ce prélèvement. Cette option est dans la continuité logique de la politique traditionnelle. La deuxième consiste à demander à Netflix et aux autres de consacrer une part définie de leurs ressources à l’investissement, sur le sol français, et à les laisser choisir eux-mêmes où ils investissent. Peu importe alors le contenu pourvu que l’industrie travaille. L’industrie peut y trouver son compte. Mais, comme aurait pu le dire Malraux, le cinéma est, par ailleurs, un art. On ne fait pas à Netflix l’injure de dire qu’il n’a pas du tout d’ambition dans ce domaine ; il a prouvé le contraire. Mais peut-on le laisser maître du jeu ?