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LE TAIJIQUAN, LES OUÏGHOURS ET L’UNESCO

PAR Philippe Pujas
lundi 21 décembre 2020

Lors de sa dernière session, qui s’est tenue du 14 au 19 décembre, l’UNESCO a inscrit sur sa liste du patrimoine immatériel mondial trente-deux nouveaux éléments, dont le couscous, qui a retenu la plus grande attention, et le taijiquan , « pratique physique traditionnelle caractérisée par des mouvements détendus et circulaires associés à un contrôle de la respiration et à l’entretien d’un esprit neutre et droit », présenté par la Chine. Course à l’échalote pour de nouveaux labels vite considérés comme des labels de valorisation touristique au même titre que sa grande aînée la liste du patrimoine mondial, cette deuxième liste vise à aider les communautés culturelles à sauvegarder ce qui les lie, une musique, une danse, une manière de coudre ou de tisser, une fête, etc. Depuis son origine, elle porte un danger, celui de transformer en produits touristiques des coutumes vieillissantes ou, pis encore, de dénaturer ces coutumes en les frottant de manière complaisante au tourisme. Elle a aussi une faiblesse congénitale, celle de faire nécessairement passer les candidatures par les Etats, ignorant par là les communautés brimées par les Etats, et en danger de ce seul fait. Voilà pourquoi, cette année, le comité du patrimoine immatériel a pu gentiment inscrire le taijiquan, présenté par la République populaire de Chine qui est en train, à une échelle terrifiante, d’éradiquer la culture ouïghour par tous les moyens dont elle peut disposer. Peut-être du reste, encouragée par l’UNESCO, s’apprête-t-elle à initier les ouïghours à cette pratique qui leur donnera « un esprit neutre et droit ». Il y a là une indécence qui porte tort à l’UNESCO, institution paralysée par sa constitution et les contraintes de son fonctionnement.

Philippe Pujas