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THERESE, LA SAINTETE SELON CAVALIER

mardi 15 décembre 2020

Thérèse, d’Alain Cavalier, vient de ressortir en DVD en version restaurée, et retrouvera les salles de cinéma le 10 février. Le film est le plus grand succès de son auteur. A sa sortie en 1986, il a raflé des honneurs qu’il n’avait jamais connus en vingt-cinq ans de carrière : prix du jury au festival de Cannes 1986, et, en 1987, César du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, du meilleur espoir féminin pour l’interprète du rôle-titre, Catherine Mouchet, de la meilleure photographie et du meilleur montage.

Thérèse raconte l’histoire de Thérèse Martin, devenue Thérèse de l’enfant Jésus au carmel où elle est entrée à quinze ans et où elle est morte de tuberculose à vingt-quatre ans. Thérèse a écrit un journal, qui fut pour Alain Cavalier la source du film qu’il a réalisé. C’est qu’il y avait trouvé des mots, des idées qui lui parlaient et résonnaient en lui. Et c’est avec cette résonance qu’il a pu faire un film vibrant et sincère, qu’il a pu trouver le dépouillement extrême qui en fait la douloureuse beauté.

Thérèse, montre son journal, était animée par un infini amour pour Jésus. Un amour sans concession : aimer le Christ, c’était suivre son message d’amour sans transiger, sans chercher de compromis. Pas toujours facile, certes, ébranlé par le doute parfois, mais c’était le prix à payer. Elevé dans des écoles chrétiennes, éloigné de la religion mais toujours sensible au message christique, bon connaisseur de la mystique chrétienne, Alain Cavalier a fait un film qui avait la juste distance. Il pouvait comprendre Thérèse, avoir pour elle de la compassion et de la pitié, comprendre son engagement et ses moments de doute. Il ne juge pas, il expose. Quitte à laisser le spectateur se révolter lui-même devant cette vie qu’il pourra trouver sacrifiée…

Pour la grandeur et la sévérité du message, pas de fioritures. Le respect de la vraisemblance du milieu, pour laquelle Alain Cavalier a beaucoup échangé avec les carmélites de Lisieux. Des mots qui portent, et pas de musique. Pas de décor, des fonds neutres, du mobilier, et beaucoup de gros plans, de ceux qui sondent les âmes et révèlent les caractères. Et le tout comme une succession de tableaux d’une constante beauté, séparés, parfois, par de simplissimes fondus-enchaînés qui s’accordent à la tonalité ombres-lumières de la plupart des superbes images de Philippe Rousselot. Il y a du Bresson dans ce Cavalier-là, si on fait de Bresson l’étalon de la rigueur et de l’image maitrisée au service de cette rigueur et d’une vertu morale.

Pas de Thérèse sans une comédienne qui puisse porter le rôle. Catherine Mouchet l’incarne. Elle y trouve le rôle de sa vie, tantôt enjouée, tantôt grave, toujours lumineuse. Catherine Mouchet n’a pas ensuite au cinéma la carrière qu’on pouvait attendre, et on l’a vue davantage au théâtre. Il y a des rôles qui marquent et absorbent une vie, tant leur interprète les a habités. Thérèse garde le visage de Catherine Mouchet, de même que pas un des autres films consacrés à la carmélite de Lisieux n’a la force et la lumière vive de celui d’Alain Cavalier.

Thérèse est un film beau, grave et profond. Ses qualités, qui avaient impressionné à sa sortie, font de lui aujourd’hui un classique intemporel. Il ressort dans une version numérique supervisée par Alain Cavalier lui-même, qui explique avoir, notamment, travaillé les lumières et fait quelques recadrages, pour aller vers encore plus de simplicité. La simplicité est toujours une qualité pour une œuvre d’art ; ici, elle est, en plus, le cœur du sujet, et elle seule pouvait l’exprimer aussi bien.

DVD Editions Tamasa