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RETROUVER LES SALLES

PAR Philippe Pujas
vendredi 11 décembre 2020

Après les annonces du Premier ministre le 10 décembre, le spectacle vivant et le cinéma doivent encore attendre. Certains y expriment de la déception, voire de l’incompréhension, comme le font les restaurants, les cafés ou les stations de ski. C’était comme si, au bout du tunnel, un autre tunnel se présentait. On a entendu, une fois de plus, les mêmes litanies : ce n’est pas chez nous qu’on se contamine, nous avons pris toutes les précautions. Et la réponse est invariablement la même : on le fait pour arrêter les flux de circulation.

La situation est déprimante, mais cette longue période de mise en retrait est aussi celle d’une épreuve de vérité sur ce que représente le spectacle vivant dans l’existence culturelle d’un pays. Les théâtres, les compagnies, ont continué de travailler derrière les rideaux, en ateliers, en répétitions, en préparation de projets, et les aides publiques y ont aidé.

Les aides publiques, donc : elles ont bénéficié au spectacle comme aux autres activités économiques. Pour autant, on ne peut pas considérer que ces aides sont toutes de même nature. Dans la plupart des secteurs, elles sont conjoncturelles. Le spectacle vivant est, de langue date, structurellement aidé par les pouvoirs publics, au nom d’un principe simple et fort : bien essentiel, cette forme de spectacle, avec ce qu’elle représente de risques et d’exigences, a besoin que l’Etat et les collectivités locales soient à ses côtés parce qu’elle remplit des missions de service public et fait ce que le marché ne sait pas faire. Quand les circonstances le permettront de nouveau, dans quelques semaines, et parce que l’appétit est grand, il faudra que tout le monde s’en souvienne.

Il faudra se souvenir que le numérique n’est pas tout. Voir un spectacle sur son écran d’ordinateur ou de smartphone, c’est mieux que rien, cela ne donne pas l’émotion et la communion de la salle. Plus que jamais, et parce que les lendemains ne seront pas faciles, c’est sur les salles et ceux qui les animent comme ceux qui y jouent que devront porter par priorité les moyens publics.

Et c’est vrai aussi pour le cinéma, alors même que les luttes sont engagées entre le grand et les petits écrans. Truffaut disait qu’il voyait d’abord un film en salle, et que la vidéo lui servait à les revoir. Et en effet rien ne vaut la salle pour la première émotion que procure un film, n’en déplaise à Netflix ou à ce qu’est devenu Disney. La France, grâce à son système sophistiqué, a la chance d’avoir un réseau de salles exceptionnel. Quoiqu’il se passe dans les mois à venir sur la chronologie des media, ou sur l’ensemble des sujets en discussion avec les nouveaux grands opérateurs, l’impératif demeurera de préserver le réseau des salles autant que les moyens de financement de la production.

Philippe Pujas