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MAURICE GENEVOIX

PAR Philippe Pujas
jeudi 12 novembre 2020

Maurice Genevoix est l’homme de la jeunesse. La jeunesse sacrifiée de l’abominable Grande Guerre sur laquelle il porte le témoignage le plus vrai et le plus sensible, la jeunesse de la fin des années 70 qui reconnaît en lui l’écrivain qui exprime le mieux la sensibilité croissante à la nature et aux dangers que la société moderne fait peser sur elle. Cette jeunesse-là se retrouve dans la manière qu’a Genevoix de raconter les hommes et les bêtes, les saisons, ce que l’homme fait de mal à ce qui l’entoure et dont il n’est qu’une des parties prenantes. Ils se reconnaissent dans ce vieil homme des derniers livres, Un jour ou Trente mille jours, hymne vibrant à la vie. Ils sont touchés par ce vieil homme qui cite, avec Giono, Thoreau ou Walt Whitman, sans aucun doute des auteurs proches de lui. Maurice Genevoix aura fini son existence avec l’espoir d’un jeune homme. Sa panthéonisation, alors qu’il est retombé dans une ombre relative, devrait être une incitation à lire ce prophète de l’écologie.

C’est le combattant de la Grande guerre que le Président de la République a fait entrer au Panthéon, et sur lequel il a prononcé un discours convenu. Mais on ne peut pas faire le tri dans la personnalité de l’écrivain, d’autant que son expérience de la guerre a alimenté son amour de la vie dont toute son œuvre est imprégnée. Et qu’elle dicte, aussi, son inquiétude sur les comportements humains : le pire est toujours possible. Le héros d’un de ses derniers livres, Un jour, dénonce « tous les apprentis sorciers qui bousculent l’ordre du monde et qui nous mènent aux catastrophes ». La catastrophe est là, les apprentis sorciers n’ont pas désarmé. Lisons vite Maurice Genevoix.

Philippe Pujas