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L’ENVOLEE ET PARK, DEUX VISAGES D’UNE EUROPE EN CRISE

mercredi 8 juillet 2020

Le calendrier amène dans les salles de cinéma, ce 8 juillet, deux films mettant en scène des jeunesses européennes perdues, l’une en Angleterre, l’autre en Grèce. Ils sont dus à deux femmes qui signent leur premier long-métrage, l’Ecossaise Eva Rilay, 34 ans, et la Grecque Sofia Exarchou, 40 ans. Difficile de n’y voir qu’une coïncidence.

L’ENVOLEE

C’est une double plongée dans l’adolescence et dans l’univers de la gymnastique que propose le premier long métrage de l’Ecossaise Eva Riley. Le film dresse le portrait en mouvement de Leigh, gymnaste de quatorze ans, douée et à la veille de sa première compétition. Elle vit aux côtés d’un père absent et distrait, est terriblement seule, chez elle et au club de gymnastique où son seul soutien est sa coach, qui heureusement croit en elle et lui témoigne affection et compassion.

Pas facile d’être assez bien dans sa peau pour atteindre l’exploit physique quand le mental est perturbé. Leigh en est là quand débarque dans sa vie un demi-frère dont elle ignorait l’existence, et qui ne va pas beaucoup mieux qu’elle. C’est ensemble qu’ils vont cheminer, cahotiquement et dangereusement, vers un espoir d’équilibre.

Eva Riley avait la double passion de l’adolescence et de la gymnastique. Elle fait de la seconde une porte d’entrée révélatrice vers la première, avec ses exigences, ses doutes, le rapport de réussite ou d’échec entre la performance artistique et sportive et l’état pasychologique.

La réalisatrice avait fait le choix de confier le rôle de Leigh à une jeune gymnaste plutôt qu’à une fille déjà habituée des plateaux de cinéma. Seule solution possible pour faire baigner le film dans une atmosphère d’authenticité, mais choix difficile : il fallait trouver l’oiseau rare doué des deux côtés. Elle n’a pas trouvé un oiseau rare, mais un oiseau exceptionnel. Mais il est vrai que si Leigh a une excellente coach, on peut en dire autant de la jeune Frankie Box, qui rentre dans le rôle de Leigh, et de son partenaire masculin, Alfie Deegan, amateur lui aussi. Eva Riley a laissé du jeu dans leur interprétation, les dirigeant mais aussi concédant une part notable à l’improvisation, quitte à multiplier les prises pour trouver les moments de vérité qui sont une des marques du film. Résultat : il y a dans les dialogues comme dans l’expression des visages une fraîcheur, une impression de spontanéité qui accrochent.

L’Envolée est un film dur et tendre, plein de force et de fragilité. Les films sur l’adolescence sont aussi périlleux qu’un triple salto arrière. Eva Rilay n’a pas raté son exercice, son premier long métrage. A 34 ans, elle a à son actif, avant L’Envolée, son court-métrage de fin d’études, présenté à Cannes, et un deuxième court-métrage, Diagnosis, qui lui avait valu d’être citée par Screen International comme « Star of to-morrow ». Elle prépare son deuxième long-métrage, The circle.

PARK

Il est question de sport dans Park, aussi, mais ici le sport fait son entrée par le village olympique d’Athènes, à l’abandon, et on n’y trouve aucune trace d’espoir. Et s’il y a aussi une gymnaste, elle a interrompu la pratique de sa discipline pour cause de blessures. Le village olympique, construit pour les J.O. de 2004, est dans sa décrépitude le reflet de la crise grecque, crise financière et morale dont Sofia Exarchou se fait l’interprète. Elle y a installé un groupe de jeunes eux-mêmes à l’abandon, et tournant en rond dans ces espaces clos et déprimants. Ils tournent en rond comme l’histoire elle-même, imposant l’idée qu’aucune échappée n’est possible. On y parle peu, le langage y est celui, sauvage, des corps. Cela donne un film sans autre dynamique que la succession de scènes auquel l’ensemble donne un sens. Cela donne aussi un film parfois irritant, parce qu’on a l’impression de se perdre un peu dans son faux rythme, mais sa force est de laisser un souvenir tenace.

Park est le film d’un abandon généralisé. Pas de parents autour de ces enfants et adolescents, pas de fraternité autour de la Grèce en crise, dont témoignent l’état des installations olympiques et l’état d’une partie de sa jeunesse. Mais Sofia Exarchou prévient : « Je ne parle pas seulement de la Grèce. Je parle de l’Europe en général ». Elle ajoute : « Mon sentiment sur l’Europe actuelle est que nous sommes dans une crise énorme et que nous devons trouver une nouvelle façon de penser les choses et que nous devons agir le plus vite possible ».

Park a lui aussi son visage féminin à la forte présence : celui de Dimitra Vlagkopoulou qui, dans un rôle sans beaucoup de paroles, impose ses grands yeux et son corps de gymnaste et de danseuse.