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ENTRE CALLAS ET RUBINSTEIN

PAR Philippe Pujas
mercredi 8 juillet 2020

Roselyne Bachelot a avoué qu’elle rêvait d’être ministre de la culture, de la même manière qu’ elle rêvait de chanter comme la Callas ou de jouer du piano comme Rubinstein. Voilà que son premier rêve se réalise. Qu’elle se méfie : la mission qui l’attend est des plus difficiles qui soient.

Il faut pouvoir s’appuyer sur un président de la république et un premier ministre pour qui la culture compte. En trois ans, Emmanuel Macron n’a pas donné beaucoup de signes d’intérêt : première difficulté. Il faut, aussi, gérer un budget étroit et contraint. On le constate année après année, les dépenses obligatoires, celles qui se reconduisent d’année en année, laissent peu de marge aux initiatives, et même aux redéploiements, quand le budget stagne, ce qui est le cas depuis de nombreuses années. Enfin, parmi les difficultés à affronter, il y a les pressions des professionnels. Certains d’entre eux peuvent être de bon conseil, d’autres offrent le visage de forces conservatrices, plus enclines à défendre leur pré que de proposer une vision large et désintéressée de l’action artistique.

A ces difficultés récurrentes s’ajoute aujourd’hui l’urgence : la gestion de la situation catastrophique où se trouvent beaucoup des métiers de la culture du fait de la crise sanitaire. On a, dans le milieu, le sentiment que le pouvoir n’a pas pris la mesure de l’étendue du désastre. Roselyne Bachelot, si elle veut s’imposer, devra batailler pour calmer les inquiétudes. Et, du fait de cette urgence, elle aura du mal, en moins de deux ans, à imposer sa marque propre, en dépit de son légendaire tempérament. On ne peut que le lui souhaiter.

Peu de temps : c’est le lot de chaque ministre de la culture depuis le début du siècle, et spécialement depuis le quinquennat de François Hollande. Le prédécesseur d’Emmanuel Macron a usé trois ministres de la culture, dont aucune n’a laissé de traces, malgré l’envie qu’en avait Aurélie Filipetti, renvoyée sèchement sans raison convaincante. L’actuel Président en est, lui aussi, au troisième titulaire du poste. Erreur de casting pour les deux premiers ? Peut-être, mais dans ce cas la faute en revient au Président et à son Premier ministre qui n’ont pas attaché une importance suffisante au profil du ou de la ministre de la culture, faute sans doute d’un intérêt suffisant.

La fonction échoit maintenant à une forte personnalité, habituée du pouvoir et de la parole. Quelles que soient les raisons du choix, on peut du moins penser que la nouvelle ministre saura faire parler d’elle, et donc de son ministère. Mais occuper le terrain suffira-t-il ? Au cas où ça ne marcherait pas, on conseille à Roselyne Bachelot de ne lâcher, dans ses rares moments de loisir, ni le chant ni le piano.

Philippe PUJAS