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L’EUROPE ET L’ANGLAIS

PAR Philippe Pujas
jeudi 30 janvier 2020

Le Brexit consommé, passera-t-on en Europe, par exemple, du « green deal » au « défi vert » ? Il y a un vrai paradoxe, en effet, à voir les institutions européennes continuer à exprimer leurs politiques ou leurs programmes dans une langue qui est devenue étrangère à l’Union constituée (rappelons que l’anglais ne sera plus la langue officielle d’aucun des Etats de l’Union). Il y a là un sérieux problème. Une langue n’est pas une chose anodine. Elle l’est d’autant moins en Europe que le sentiment collectif est rendu difficile par des forces centrifuges dont la moindre n’est pas l’influence américaine, à travers tous ses réseaux politiques, économiques et culturels de domination. L’Europe d’aujourd’hui sait mieux ce qui se passe à Chicago ou à Dallas que ce qui se passe à Stuttgart ou à Varsovie. Il y a là une situation qui devrait préoccuper tout Européen soucieux de l’unité du continent.

Les langues ont beaucoup à voir avec cela. Parler celle de l’autre, la lire, c’est pénétrer dans son univers, c’est plonger dans sa culture. Or l’Europe des institutions s’est laissé voler ses langues. 80% des documents de la Commission, 90% de ceux du Conseil des ministres, 70% de ceux du Parlement sont rédigés en anglais. Le français est devenu marginal, l’allemand a cessé d’exister. La reconquête par l’Europe de ses langues est un enjeu majeur de la construction européenne. L’Allemagne de Goethe parlait français, anglais et italien. On ne peut se résoudre à ce que ce qui se pratiquait au 18è siècle ne soit plus possible dans l’Europe du 21è.

On attend légitimement de la France qu’elle soit en première ligne dans cette politique de réappropriation de ses langues par l’Europe. Hélas, elle est loin d’être exemplaire. Combien de manifestations organisées ou subventionnées par l’Etat qui, encore, se complaisent dans des titres inutilement anglo-américains ? Et, pour prendre le dernier et consternant exemple, que penser d’une ministre porte-parole du gouvernement qui, pour recueillir les questions de citoyens, crée un hashtag dont le nom commence par « ask » ?

Philippe Pujas