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GRECO LE GRAND

lundi 21 octobre 2019

Le génie ne s’explique pas, ne se commente pas, il se constate. Celui du Greco est éclatant, comme pourront le voir tous ceux, nombreux, qui se rendront à l’exposition que présente à Paris le Grand Palais. Une soixantaine d’œuvres, dont certaines sont majeures et célèbres, comme le portrait du cardinal Nino de Guevara, Grand Inquisiteur, qui devait quatre siècles plus tard inspirer Francis Bacon.

La réinterprétation par Bacon d’une œuvre du maître de Tolède illustre l’influence du maître de Tolède sur la peinture moderne. Qu’on regarde quelques Picasso de la période bleue, et on verra que Greco y est présent. Picasso qui disait, d’une formule rapportée sur un mur de l’exposition, qu’il préférait mille fois Greco à Velasquez.

Qu’est-ce qui fait la modernité du Greco, l’intérêt que lui ont porté les peintres à partir du début du XXè siècle, dans ce qui fut une redécouverte ? Une liberté d’expression en avance sur son temps, et qui finira par rencontrer celle qui se manifeste dans le courant du XIXè.

On a voulu dire que Greco, né en 1541 et mort en 1614, était le dernier peintre de la Renaissance et le premier du Siècle d’Or. En réalité, il est lui, ayant absorbé l’influence de ceux auxquels il s’est frotté, dans les séjours à Venise et à Rome qui ont précédé son installation à Tolède. Le peintre d’icônes qu’il était dans sa Crète natale a alors rencontré Tintoret, Titien et Michel-Ange. Il en a tiré les leçons pour élaborer son propre langage, absolument unique, et restera une étoile brillant isolée dans son grand siècle espagnol.

Ce n’était pas évident : il y fallait une bonne force de caractère. Les temps étaient plutôt à la propagande. L’Eglise de la Contre-réforme voulait de belles images pour retenir les fidèles, et les princes et prélats qui gouvernaient l’Espagne avaient des idées précises sur ce qu’ils voulaient voir représenté en peinture.

L’exposition parisienne a vu le jour grâce à l’Art Institute de Chicago, qui voulait faire honneur à l’un de ses chefs-d’œuvre juste restauré, une grande « Assomption de la Vierge ». De nombreuses collections européennes et américaines se partagent les œuvres présentées, dont peu viennent d’Espagne. On y verra le signe d’un intérêt pour le peintre très largement réparti

GRECO

Paris Grand Palais Jusqu’au 10 février 2020

Chicago Art Institute du 8 mars au 21 juin 2020.

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