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DE LA DEMOCRATIE EN EUROPE

PAR Philippe Pujas
mardi 15 octobre 2019

Neuf personnalités indépendantistes catalanes, en prison préventive depuis près de deux ans, ont été condamnés, lundi 14 octobre, après une procès que la plupart des observateurs internationaux ont jugé inéquitable, à des peines allant de neuf à treize ans de prison. L’Union européenne assure qu’il s’agit là d’une affaire intérieure espagnole.

Les condamnés le sont principalement pour sédition. On leur reproche l’ organisation d’ un referendum sur l’indépendance de la Catalogne, illégal parce que le gouvernement espagnol refusait d’en organiser un, et la proclamation unilatérale d’une république catalane. On peut estimer que cette indépendance ne serait pas une bonne chose, mais on ne voit pas au nom de quels principes, sinon peu démocratiques, on empêche les Catalans de se prononcer sur leur sort. Les Québécois ont pu demander à quitter le Canada, l’Ecosse le Royaume-Uni ; ce simple geste démocratique qu’est un referendum est interdit aux Catalans.

Il se trouve que les Catalans ont leur personnalité, que la majorité d’entre eux, si l’on en juge par les résultat des différentes élections (locales, régionales, nationales), sentent différente de la personnalité espagnole. Les Catalans ont leur langue, leur culture, leur manière à eux de vivre l’Europe et le monde aussi bien que le rapport à leur territoire. L’aspiration à l’indépendance, variable selon les époques, est ancienne.

Une société se construit par la contrainte ou par l’adhésion. Le second processus est solide, le premier est fragile. L’Espagne ne créera pas l’ »affectio societatis » nécessaire par le déni de la démocratie et la répression. Et l’Europe ne gagnera rien à détourner le regard. Elle n’a rien à gagner elle-même à ignorer la démocratie. Comme personne n’a intérêt à ne pas laisser parler les urnes.

Pour l’heure, nos pensées vont surtout à ces prisonniers qui se disent prisonniers politiques mais qu’on peut qualifier aussi de prisonniers culturels. On pense à ce qu’est leur quotidien et à celui de leur famille. La non-démocratie, c’est aussi cela, et cela n’a pas un beau visage.

Philippe Pujas