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CULTURE PRIVEE, PRIVES DE CULTURE ?

PAR Philippe Pujas
lundi 23 septembre 2019

Deux jours, deux communiqués, deux sujets différents, mais dans les deux cas une même inquiétude : l’attitude du gouvernement envers le service public culturel.

Premier sujet : le Mobilier national. La CGT-Culture dénonce l’intention qu’elle prête à la direction du Mobilier national de transformer celui-ci, actuellement « service à compétence nationale » en établissement public « afin d’obtenir une autonomie financière via la recherche de ressources propres, le développement d’une activité commerciale n’étant pas à exclure. » La CGT estime que « le ministère de la culture se désengage au profit de l’économie de marché ». Deuxième sujet : la SCAM (société civile des auteurs multimedia, société de gestion de droits d’auteurs), s’émeut de l’annonce par le ministre des comptes publics, deux jours avant l’annonce du budget, d’une baisse de un euro de la contribution à l’audiovisuel public (ex-redevance). La SCAM relève que « Cet euro représente une baisse tout au plus de 0,72 % pour les foyers et de près de 30 millions d’euros pour l’audiovisuel public ». Dénonçant une « profonde erreur », elle situe cette décision dans le contexte de la future loi sur l’audiovisuel, dont elle redoute les intentions : « cette loi semble avoir pour seule ambition de renforcer les groupes audiovisuels privés qui vont bénéficier de nouveaux avantages (3e coupure publicitaire, ouverture à de nouveaux secteurs) aux dépens du secteur public. »

Il y a dans les deux cas la traduction d’un climat plus général : le procès fait au gouvernement de démanteler avec détermination le service public à la française. Les motifs de préoccupation sont évidemment profonds, dans le domaine de la santé, des transports et, aussi, de la culture. Il n’y a plus de discours mobilisateur pour une politique qui s’est nécessairement construite sinon contre, du moins à côté du marché qui ne pouvait pas répondre à ce qu’on en attendait en matière de démocratisation de l’accès à la culture et de soutien à la création. Il y a aussi, dans l’annonce cavalière de Gérald Darmanin, un signe de plus du niveau de faiblesse politique dans lequel se trouve le ministère de la culture. Le prochain budget va-t-il nous convaincre du contraire ?