Policultures

TERRITOIRES LIVRE ET INDUSTRIES ARTS VISUELS SPECTACLE UN MOIS EN BREF NOTES DE LECTURE INTERNATIONAL POLITIQUES PUBLIQUES ABONNEMENTS

EXCES IDENTITAIRES

PAR Philippe Pujas
lundi 15 avril 2019

Après la grotesque mais inquiétante sortie du CRAN et de quelques autres contre un spectacle à la Sorbonne, voici qu’une réalisatrice franco-sénégalaise, Mame-Fatou Niang, s’en prend à une fresque d’ Hervé di Rosa, vieille de plus de vingt ans et installée à l’Assemblée nationale pour célébrer la première abolition de l’esclavage en 1794. Cette dame a trouvé, passant par l’Assemblée il y a quelques semaines, que les visages noirs représentés sur la fresque étaient caricaturaux et insultants : “visages de Noirs, yeux exorbités, lèvres surdimensionnées, dents carnassières dans une imagerie empruntant à la fois aux publicités Banania et à Tintin au Congo”, se plaint-elle dans une tribune co-signée avec un certain Julien Suaudeau. Elle demande que la fresque soit retirée. Peu lui importe que tous les personnages de Di Rosa soient aussi caricaturaux, que le peintre lui-même soit le plus bonhomme et le plus généreux qui soit. Elle y voit matière à se fâcher.

On apprend par ailleurs que des militants manifestants s’en prennent à l’exposition « Toutankhamon » : pour eux, les pharaons étaient noirs, et les blancs le cachent.

Ces signes sont évidemment inquiétants. La France n’est pas les Etats-Unis d’Amérique, où vivent les deux promoteurs de la pétition contre Di Rosa. Les Etats-Unis sont en plein délire d’identités les plus diverses qui font éclater la société. Chacune de ces identités veut non seulement s’imposer, mais s’imposer en s’opposant aux autres. La France s’est construite sur l’inverse absolu : dans son universalisme, elle professe l’égalité des hommes.

Cela l’a conduite, souvent, à ne pas comprendre les aspirations à la différence. Mais une chose est de reconnaître ces aspirations, une autre de céder aux pressions et aux intimidations qui n’ont que l’identitarisme pour moteur, et sapent à la fois le vivre ensemble, la liberté et même la vérité historique. Le moment que nous vivons est grave. On peut entendre, comprendre ce qu’il y a de sensibilité à vif dans des positions extrêmes, on ne peu pas céder aux dérives à l’américaine, qui n’ont que trop tendance à nous gagner.

Philippe Pujas