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DROITS UNIVERSITAIRES ET FRANCOPHONIE

PAR Philippe Pujas
lundi 7 janvier 2019

Le JDD du 6 janvier a publié une tribune signée d’un certain nombre de personnalités, dont Isabelle Adjani, Juliette Binoche , Mathieu Enard, Nicolas Mathieu, Maylis de Kerangal, Laurent Cantet, Claire Denis, Nicolas Philibert, Rithy Panh, Thomas Piketti, Françoise Vergès et Lilian Thuram dénonçant, à leur tour, la considérable augmentation des droits universitaires demandés aux étudiants non originaires de l’Union européenne sous l’argument de mieux les accueillir. Le texte relève notamment le fait que cette réforme oublie purement et simplement la francophonie, et assume de décourager les étudiants francophones de venir en France. « C’est un coup porté à la francophonie comme institution et à la solidarité que nous devons aux autres pays de cet espace linguistique », s’insurge la tribune après avoir noté que les étudiants du Maghreb et d’Afrique francophone représentent 45% des étudiants étrangers en France.

Le choix contre les étudiants francophones est révélateur d’une position française plus qu’ambiguë à l’égard de la francophonie : de grandes déclarations d’intérêt, et même l’annonce d’une politique, sont accompagnés de faits qui contredisent cet intérêt. On avait constaté, à l’heure des grandes manœuvres pour choisir le secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie , que la France avait fait l’active promotion de la représentante d’un pays qui avait substitué l’anglais au français comme langue d’enseignement. Le manque d’attention pour les étudiants francophones dans la question des droits d’inscription est un signal encore plus grave.

En réalité, la France ne croit pas à la francophonie. Elle ne croit pas que la langue soit un ciment important, qu’elle crée une famille. Elle a amené dans les bagages de la colonisation cette langue qui s’est révélée pour les pays colonisés un instrument commode. Décoloniser la langue après les pays n’est pas chose insurmontable. Il suffit que l’espace francophone soit un espace de liberté et de circulation partagées, qu’un esprit de famille y soit démontré sur un pied d’égalité – et des droits universitaires accueillants font partie de cet esprit de famille - , que la France soit attentive aux littératures et aux inventions linguistiques des autres membres de la famille, qu’elle aide les langues locales à exister par sa politique de coopération. Il n’est pas trop tard pour le faire. Il suffit juste de changer de cap.

Philippe Pujas