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LE PRESIDENT ET LA CHIENLIT

PAR Philippe Pujas
jeudi 13 décembre 2018

M.Alain de la Bretesche est un homme honorable. Cela est attesté sans doute possible par le fait qu’il a été fait l’été dernier chevalier de la Légion d’honneur. M. Alain de la Bretesche est un militant du patrimoine ; il préside Patrimoine-Environnement, l’une des grandes associations du secteur. M. Alain de la Bretesche vient de signer, dans la dernière lettre de son mouvement, un éditorial qui engage donc celui-ci. Il y pose la question suivante : quand la chienlit se répand, le monde culturel peut-il trouver dans les livres la réponse à la crise ? Et il donne quelques pistes. Il suggère, notamment, de lire Soljenitsine, chez qui il trouve, semble-t-il, un portrait avant la lettre de notre actuel Président de la République : « Un homme politique qui veut accomplir dans l’intérêt de son pays une œuvre créatrice d’importance se trouve contraint d’avancer à pas prudents et même timides, tant il est harcelé par des milliers de critiques hâtives et irresponsables ». « Cher lecteur, souligne l’édito, cette description de l’homme d’Etat ne vous fait penser à rien ? ». Oui, il me fait penser que M. de la Bretesche envoie un peu loin le bouchon.

Quant à la chienlit, elle est charriée, bien sûr, par cet insupportable mouvement des Gilets jaunes, qui se réunit autour de ronds-points dont M.de la Bretesche nous dit qu’on ne peut rien trouver « de moins utile, de plus cher et de plus contraire à une politique d’aménagement du territoire rural ». Alors, puisque M.de la Bretesche nous donne des conseils de lecture, exprimons-lui un regret. Plutôt que de perdre son temps à lire le très sommaire et inutile « The road to somewhere », qu’il est si chic de lire parce qu’il n’a pas encore été traduit en français, que n’a-t-il consacré plus de temps qu’il ne l’a fait à visiter un de ces lieux improbables où il aurait rencontré quelque chose qui lui est étranger : le sens de l’injustice sociale. Cela lui aurait évité de commettre cet éditorial qui ne rend pas service à la cause du patrimoine, laquelle ne gagne rien à se proclamer indifférente au creusement des inégalités, et à courir le risque d’être assimilée à la droite la plus réactionnaire.

Philippe Pujas