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DEPLACE

PAR Philippe Pujas
samedi 8 décembre 2018

A la fin d’un communiqué qui annonce la fermeture samedi 8 décembre des établissements culturels parisiens du ministère de la culture, Franck Riester , parlant des media, affirme que « L’ensemble de la profession a un devoir de vigilance et doit toujours faire prévaloir la vérification des faits. » Cette assénation provoque, pour le moins, l’étonnement. Le citoyen Riester, et même le responsable de groupe politique qu’il est, a parfaitement le droit d’exprimer un point de vue sur cette question. Pas le ministre de la culture.

Sans doute, les media ne sont-ils pas toujours exemplaires. S’ils vont trop loin, il existe des lois pour sanctionner leurs abus. Pour le reste, il s’agit, dans une démocratie, de leur responsabilité. C’est à eux de savoir jusqu’où ils peuvent aller trop loin. Et la vérification des faits est la base de leur travail. Ce n’est pas au ministre de la culture de leur donner des leçons de professionnalisme.

Qui peut nier, pour autant, que les pratiques des media ne sont pas toujours exemplaires ? Mais ce n’est pas sur le terrain où se situe le ministre de la culture qu’il faut aller chercher les dysfonctionnements. Les media, aujourd’hui, sont pris en étau entre deux maux : la puissance industrielle et la course à l’audience. Toutes proportions gardées, il en a toujours été ainsi. Des industriels ont abusé de leur pouvoir médiatique, d’autres ne l’ont pas fait et, l’un dans l’autre, une presse d’opinion plutôt digne a fini par prévaloir en France. On peut dire la même chose de la course à l’audience : il s’est toujours trouvé des journalistes pour chercher à hiérarchiser l’information de manière convenable.

Il se peut que, ces dernières années, l’irruption des chaînes d’information en continu ait perturbé le système. Il se peut que même les journaux de France 2 aient donné la priorité à l’information spectacle. Il se peut encore que trop d’hommes d’affaires jouent à posséder des media, et que cela finisse par poser problème. Le rôle d’un gouvernement est de créer les conditions d’une expression convenable de l’information, et de mettre en œuvre des instruments de régulation pour que les journalistes puissent faire leur travail en toute indépendance. On ne lui en demande pas plus, et c’est déjà beaucoup.

Philippe Pujas