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MECENAT ET CHOIX PUBLICS

PAR Philippe Pujas
jeudi 11 octobre 2018

3,5 à 4 milliards d’euros : c’est, selon ADMICAL (lire par ailleurs) le montant des dépenses de mécénat qu’auraient faites les entreprises françaises l’an dernier. On ne peut manquer de faire des rapprochements : le budget de la partie « culture » du ministère de la culture pour 2019 s’élève à 3,63 milliards d’euros. Et celui de l’ensemble des collectivités territoriales pour la culture à environ 9 milliards. Certes, la culture ne représente que le quart des dépenses de mécénat des entreprises, mais si l’on veut ne retenir que les dépenses d’intervention dans l’activité artistique, on voit que le mécénat, qui a fêté cette année les 15 ans de la loi Aillagon qui lui a donné son essor, a pris désormais dans la vie culturelle une part significative.

Elle l’est d’autant plus que par ailleurs, nous indique Admical, le mécénat se porte dans des proportions importantes vers des opérations réalisées par des opérateurs publics. Quand, au milieu des années 80 du siècle dernier, le mécénat a pointé son nez en France, porté par la voix convaincante de Jacques Rigaud, fondateur d’Admical, il se voyait prendre sa part à un essor artistique qui était par ailleurs largement soutenu par l’Etat. On entend encore cette voix prévenir que le mécénat n’était pas là pour assurer les fins de mois d’un Etat nécessiteux. Hélas, on peut craindre que ce soit le cas aujourd’hui, et la faute n’incombe certes pas au mécénat…

Or ce n’est pas anodin. Le mécénat a ses qualités, il a aussi ses logiques. Reflet de la société, attentif à l’impact qu’il peut avoir, il est aujourd’hui, en moyenne, plus porté à accompagner le succès qu’à prendre des risques. Il présente l’intérêt de diversifier les sources de financement de la culture, la faisant échapper à la vision trop univoque qu’imposerait le poids trop dominant des ressources publiques. Mais attention à ne pas lui donner dans des institutions publiques, censées encourager ce que le marché ne veut pas financer, une place qui ne serait due qu’au retrait de l’Etat et des collectivités territoriales, et dont on n’aurait pas bien mesuré les conséquences qu’elle implique.

Philippe Pujas