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DU CINEMA A LA LIBRAIRIE

PAR Philippe Pujas
mercredi 19 septembre 2018

La salle de cinéma continue de bien se porter en France. La « géographie du cinéma » présentée tous les ans par le CNC, et dont l’édition consacrée aux chiffres de 2017 vient d’être publiée, montre mieux qu’une résistance du cinéma en salle, avec 138 écrans ouverts dans l’année. Entre 2008 et 2017, ce sont 51 nouveaux écrans par an qui, en moyenne, ont été ouverts. La France tient, de loin, la première place en Europe pour l’équipement du pays en salles de cinéma et en nombre de spectateurs.

Combien de temps cela va-t-il durer ? Longtemps, espère-t-on. Un effort important a été fait par les pouvoirs publics et les professionnels pour attirer les plus jeunes dans les salles, et cela marche. On peut donc espérer que ces jeunes qui auront pris le goût de la présence magique du grand écran ne le perdront pas. La technique y aide aussi beaucoup, toujours inventive avec des procédés qui cherchent à plonger le spectateur dans une ambiance de plus en plus immersive.

Oui, mais … les interrogations pèsent. Mentionnons à peine la chroonologie des medias, condamnée à éclater, et voyons juste des faits récents. On est bien obligé d’être attentif au choix fait par la Mostra de Venise, qui a décerné son Lion d’or et le prix du scénario à deux films produits par Netflix et qu’on ne verra donc pas en salle. Et on est frappé de constater la quasi-coïncidence de ce fait avec un autre : la sélection par le jury du prix Renaudot d’un livre autoproduit sous la bannière d’Amazon, entreprise qui constitue la plus grande menace qu’ont à affronter le réseau de librairies, lui aussi exceptionnellement élevé. On voit donc venir, plus que jamais, le risque que l’édifice construit en France depuis longtemps – la Libération pour le cinéma, 1981 pour le livre – s’effondre. Pour tenir, il va falloir serrer les rangs, dans un mélange de réglementation et d’innovation technique et artistique. Rien n’est perdu : la bataille gagnée au Parlement européen contre les GAFA sur les droits d’auteur montre que les pires scénarios ne sont pas inéluctables.

Philippe Pujas