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COUP DE POIGNARD

PAR Philippe Pujas
mercredi 11 juillet 2018

Selon un décret du 9 juillet, le ministère de la culture n’a plus la tutelle du Centre national du livre, et n’a plus en charge la régulation économique du secteur du livre littéraire. Ces missions sont désormais directement assurées par le Premier ministre. Un peu plus d’un an après sa nomination, on feint de s’apercevoir que Françoise Nyssen dirigeait une grande maison d’édition littéraire avant d’être ministre, et que c’est même cette compétence qui l’avait conduite rue de Valois.

Voilà qui affaiblit encore un peu plus une ministre qui n’a pas réussi à s’imposer. Que sa première année ait été décevante est une idée commune. Mais à qui la faute ? A elle, qui n’a pas manqué d’activité, qui a certes fait quelques bourdes mais s’est, notamment, beaucoup engagé pour l’éducation artistique, ou à un pouvoir qui néglige la culture ? La faute des deux, sans doute.

Ce ministère – on ne parle pas ici du CNL mais du cabinet – semblait avoir avec la littérature des liens distants. En témoigne – c’est moins anecdotique qu’il ne paraît – l’absence d’hommage du ministère à la disparition récente de Marc Ogeret, chanteur qui a magnifiquement défendu la poésie, et de Georges-Emmanuel Clancier. Ce dernier, qui vient de mourir à 104 ans, était poète et romancier (son œuvre la plus connue est « Le pain noir »). Il fut aussi l’une des figures de la RTF, eut dans les lettres une activité militante qu’il n’abandonna que quand ses forces le lâchèrent. Il fut dans sa jeunesse, sous l’Occupation, la courroie de transmission qui fit passer des textes d’auteurs à la revue « Fontaine » installée à Alger. Pour le ministère de la culture, Georges-Emmanuel Clancier n’a jamais existé.

Quoiqu’il en soit, le nouveau décret affaiblit encore plus un ministère qui n’en avait pas besoin. Les inspirateurs du décret se moquent éperdument de l’incohérence de leur décision. Ainsi, le ministère de la culture aura la tutelle sur tous les livres, sauf ceux qui ont à voir avec la littérature ? On voudrait assassiner un ministère qu’on ne s’y prendrait pas autrement. S’il y avait réellement incompatibilité entre le passé de la ministre et sa fonction, soit il fallait ne pas la nommer, soit il fallait aujourd’hui la démettre, mais certainement pas dépecer le ministère.

Philippe Pujas