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COBRA A PONT-AVEN

lundi 26 mars 2018

Bien qu’ayant peu duré (à peine de moins de quatre ans, de 1948 à 1951), Cobra reste dans l’Histoire comme un des mouvements importants de la peinture du XXè siècle. Les jeunes fondateurs avaient en commun d’être originaires de l’Europe du nord et d’avoir le goût d’une figuration colorée et libérée. Ils avaient nom, pour les plus connus d’entre eux, Karel Appel, Corneille et Asgern Jorn.

C’est à Cobra que le Musée de Pont-Aven consacre une importante exposition. Le lien de Cobra avec l’école de Pont-Aven, cœur de l’activité du musée, est assez mince : le commissaire de l’exposition, Victor Vanoosten, plaide un goût commun pour une certaine filiation entre les formes simples et les couleurs de Gauguin et « les couleurs libres et spontanées des peintres de Cobra », et il rappelle que Corneille était venu à Pont-Aven sur les traces de Gauguin. Mais au fond, peu importe. Ce qui compte, c’est l’objet de l’exposition, Cobra, et la manière dont le sujet est traité. Il est intéressant aussi de voir que le musée de Pont-Aven, qui a pris une nouvelle dimension après sa réouverture il y a deux ans, peut ne pas s’enfermer dans son thème fondateur, l’école de Pont-Aven, et ouvrir largement le spectre de son intérêt pour les mouvements artistiques.

Victor Vanoosten, trop jeune pour avoir fréquenté les plus grandes figures de Cobra, Appel et Jorn, s’est passionné pour le mouvement, au point d’en être devenu un historien scrupuleux. L’exposition, qui avait d’abord été présentée au musée de Tessé du Mans, reflète cette approche. Le mouvement y est présenté dans toutes ses dimensions : sa naissance en 1949 à l’initiative de peintres nordiques en révolte contre l’hégémonie parisienne (heureux temps !), l’attraction qu’il exerce sur d’autres artistes et sur des poètes, son histoire officielle brève, la poursuite de son existence par le chemin que suivent ses protagonistes, dont les plus importants restent jusqu’à leur mort, et aujourd’hui encore pour Alechinsky, des figures majeures de la peinture. Cobra, donc, pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam. Asgern Jorn est Danois, Karel Appel, Constant et Corneille sont néerlandais, le poète Christian Dotremont est Belge, Alechinsky qui rejoindra le groupe en 1949 est Belge : voilà pour les premières grandes figures. Ce sont celles qui continuent de dominer après que le mouvement aura officiellement cessé, et dont les œuvres, l’exposition le montre bien, restent les plus fortes. Des autres personnalités, seul émerge vraiment, avec une qualité qui n’a rien à envier aux grands fondateurs, le Français Jacques Doucet. La plupart des autres œuvres montrées à Pont-Aven sont nettement plus faibles…

Qu’a apporté Cobra, qui rend le mouvement encore si fort et si mémorable aujourd’hui ? Une vigueur, une liberté dans l’expression qui renouvellent la figuration. Le tout porté par des artistes dont le génie a traversé les ans, et qui ont dans l’ensemble aussi bien vieilli que leurs œuvres. Certes, le Corneille des années 80 et 90 n’est plus celui, magnifique d’invention, des années Cobra, mais il ne mérite pas la déconsidération qui a frappé une peinture sans doute devenue plus facile. Mais Jorn et Appel ont montré une assez belle constance (les moments de faiblesse, les œuvres à la va-vite se font oublier). Alechinsky n’a jamais faibli. Preuve, s’il le fallait, qu’un mouvement artistique ne tient qu’à la qualité des artistes qui l’ont porté.

L’exposition est accompagnée d’un ouvrage* qui ne peut pas être considéré comme un catalogue mais comme une somme sur le sujet, un travail aussi considérable qu’utile pour tous ceux qu’intéresse (ou devrait intéresser) un des mouvements artistiques majeurs de la deuxième moitié du XXè siècle.

Cobra, la couleur spontanée

Musée de Pont-Aven (Finistère) jusqu’au 10 juin

*Cobra, éditions Artéos, sous la direction de Victor Vanoosten, 324 pages, 30 euros

Illustr. :

Corneille Le montagnard 1950

Asgern Jorn Caractère joyeux 1945

Jacques Doucet Sans titre 1949

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