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LES MARCHANDS AUX PORTES DU TEMPLE

PAR Philippe Pujas
vendredi 17 novembre 2017

Sauf forte mobilisation pour s’y opposer, nous sommes condamnés à plus ou moins brève échéance à payer pour entrer dans les cathédrales françaises. C’est ce qui ressort des propos de la ministresse de la culture lors d’une conférence de presse consacrée à une « stratégie pluriannuelle pour le patrimoine ».

C’est en réponse à une question que Françoise Nyssen a abordé le sujet. « Ce n’est pas notre priorité, a-t-elle affirmé, soulignant que, par ailleurs, la loi de 1905 prévoit la gratuité. Mais, a-t-elle ajouté, « le débat peut être porté ».

Il y a donc de quoi être inquiet. Certes, la loi de 1905 paraît un barrage, mais il est mal assuré ; il ne manquera pas de juristes pour ouvrir une brèche. Certes, la Conférence des évêques de France est vent debout contre, plaidant qu’une cathédrale est d’abord un lieu de prière. Mais que peuvent les évêques, que peuvent les croyants dans la France de 2017, qui fait marchandise de tout ?

Un mauvais scénario, sans surprise, semble commencer de se réaliser sous nos yeux. D’abord un ballon d’essai du missionné Bern, suivi de l’habituel « vous m’avez mal compris », qui permet de jauger les forces en présence. Puis la position dilatoire de la ministresse de la culture, dans le genre « on va pas le faire, mais on peut en causer ». Et enfin, après un semblant de concertation, ou pas de concertation du tout, le fait accompli : citoyens, à vos portefeuilles. « Je ne fais que reprendre une proposition de l’Observatoire du patrimoine religieux », plaide Stéphane Bern. Argument à grosses ficelles : ledit Observatoire – il suffit pour s’en convaincre de lire ce qui est écrit sur son site – a des préoccupations patrimoniales et touristiques, mais ne s’intéresse pas aux édifices religieux en tant que porteurs de valeurs spirituelles. Or c’est bien de cela qu’il s’agit, et les esprits religieux peuvent lutter ici aux côtés de ceux qui, plus généralement, ne se résignent pas à ce que la vision économique de la société soit définitivement gagnante. Eternelle querelle de l’être contre l’avoir, qui a connu un de ses épisodes majeurs, naguère, quand des marchands furent chassés du temple de Jérusalem… Mais il faudra se serrer les coudes.

Philippe Pujas