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L’ETAT SECRET

PAR Philippe Pujas
mercredi 15 novembre 2017

Depuis une vingtaine d’années, le ministère de la culture a connu pas mal de réformes, les unes inspirées par la nécessité de s’adapter aux transformations de la société, les autres par le souci pur et simple de faire des économies. Les premières ont été conduites dans une large concertation et de fructueux débats d’idées, les secondes dans le secret des cabinets. La réforme en cours, comme celle qui accompagna la mise en place de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) il y a dix ans, appartient à cette deuxième catégorie. Et, cette fois, l’Etat pousse l’obsession du secret au point que, si des échos de ses conciliabules internes parviennent au-dehors, sa seule réponse est la menace. Comme vient de le faire la ministre de la culture en déposant plainte parce que des éléments de sa réflexion sur l’audiovisuel public avaient échappé à son contrôle. Une plainte visant bien sûr non pas Le Monde, qui avait été le bénéficiaire de l’information, mais les sources des journalistes à l’intérieur du ministère.

La réplique ne s’est pas fait attendre : la CFDT Culture a diffusé très largement non seulement les éléments déjà divulgués par Le Monde sur l’audiovisuel, mais l’ensemble de la synthèse ministérielle sur ses pistes de réflexion concernant l’avenir du ministère. Le débat est engagé d’une manière calamiteuse : elle met le ministère non plus en situation de proposer, mais de se défendre.

Pour un gouvernement qui voulait faire du neuf, pratiquer des méthodes qui ne sont pas d’hier mais d’avant-hier a quelque chose de consternant. Il y a beaucoup à dire sur la manière dont les pouvoirs publics ont à agir dans le domaine culturel aujourd’hui. Les bouleversements technologiques rendent caducs les systèmes de protection de naguère, les collectivités territoriales sont devenus les acteurs principaux des politiques culturelles, les artistes sont plus nombreux, la « société civile » a plus que son mot à dire, la marchandisation de la culture impose que l’Etat se définisse par rapport à celle-ci : est-elle une opportunité de transformer les établissements culturels publics en machines à faire des sous, ou bien faut-il lui fixer des limites, comme le demandait déjà Malraux pointant les menaces liées aux « industries de l’imaginaire » ? Il revenait à l’Etat de lancer des réflexions communes.

On apprend de ses échecs. Ce que le gouvernement est en train de faire porte la marque de la faillite méthodologique. Le monde de la culture est vivant et remuant. On ne peut pas y faire n’importe quoi. Françoise Nyssen l’apprend à ses dépens. Il n’est pas trop tard pour revenir à des manières plus saines de procéder, ce qui permettra d’engager le débat sur le fond, étant entendu que, en l’état actuel, il y a dans les réflexions ministérielles de nombreuses raisons de s’inquiéter, aussi bien pour le spectacle vivant que pour les musées et les archives. Mais nous y reviendrons.